L’importance du lieu

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Le mot théâtre est triple, il représente une discipline, des textes, et un lieu.

On fait du théâtre, on lit ou on écrit du théâtre, on va au théâtre…

Je vais parler du lieu. C’est étonnant comme souvent le lieu semble accessoire pour enseigner la discipline du théâtre. En tout cas dans le milieu amateur. Entendons nous bien, il n’est pas accessoire pour ceux qui en font mais pour ceux qui ont les clés des salles.

Pour apprendre le théâtre, pour travailler un rôle, une mise en scène, la voix, les lumières, il faut un lieu qui puisse permettre tout ça. Comme il faut un terrain de tennis pour jouer un tennis (ou un mur pour s’exercer mais on ne fait pas ça tout le temps). Comme il faut un sol particulier pour pouvoir danser (sur la moquette c’est très compliqué…).

Le théâtre enseigné , s’enseigne beaucoup dans des salles polyvalentes. Dans des préaux d’école, dans des sous-sols, dans des salles de classe, dans des cantines, que sais-je. Très rarement dans une salle de théâtre.

Pour travailler le théâtre il faut aussi ne pas avoir froid. Parce qu’il faut faire des exercices au sol, il faut pouvoir prendre le temps de la concentration (et avec des pulls et des écharpes, des gants aussi ça reste assez compliqué). Travailler une scène d’amour au sol, un monologue assis par terre,  quand le carrelage est froid comme… du carrelage ; c’est compliqué. Prendre le temps de trouver des silences, de regarder son partenaire, de jouer avec lui quand on tremble de froid; c’est aussi compliqué.

Porter la voix aussi dans une salle de 20m2, reste de l’ordre du murmure là où les comédiens devront se faire entendre de la dernière personne du fond de la salle où ils joueront (et il se peut que cette personne se trouve être celle qui a quelques problèmes d’audition).

Quant à imaginer les décors (qui la plupart du temps arrivent au dernier moment), ça reste très compliqué aussi. Je trouve que faire du théâtre dans le cadre amateur demande une concentration, un travail, une adaptation bien plus grande que pour les professionnels qui travaillent tout de suite en condition. En tant que metteur en scène, il m’arrive de faire des dessins, d’imaginer les éclairages, les ombres, les lumières, les transitions, de les visualiser. Mais quand j’arrive dans la salle de spectacle le jour ou la veille de la première et que je me confronte à la réalité des choses, que je dois tenter d’expliquer au régisseur tous les rêves de ma tête… c’est très stressant. On s’adapte, on circonvolutionne, on louvoie. Et les comédiens habitués à faire un pas à droite et un pas à gauche pour ne pas avoir à heurter les chaises et les tables empilées dans les préaux, doivent en une soirée arpenter des scènes impressionnantes, trouver leur tonalité dans l’espace nouveau, la résonnance nouvelle.

Ces petites salles dénaturent le fondement du théâtre. Il est enseigné comme un passe temps, comme une animation. Il demande pourtant beaucoup de sérieux et de concentration, d’investissement. Peut-on apprendre un instrument sans l’avoir dans les mains ? Peut-on apprendre à chanter en étant aphone ? Peut-on travailler un revers au tennis dans une cuisine ? Peut-on s’échauffer pour la danse en pull et en manteau ? Pour le théâtre qu’on enseigne à nos enfants tous ces paramètres semblent sans importance.

L’enseignement du théâtre ne se fait plus maintenant quasiment que sur le texte, puisque le théâtre n’a plus de lieu de théâtre. Les enfants d’ailleurs, très souvent, dans leurs restitutions de fin d’atelier restituent un texte qu’ils ont appris par cœur (et que souvent on n’entend pas parce qu’ils ont appris à le dire dans des salles minuscules), debouts les bras ballants. Ce n’est pas ça le théâtre.  Ce n’est pas ça non plus les enfants, les jeunes. Ils sont plein de mouvements tout le temps, le théâtre doit restituer le vivant.

Le théâtre s’apprend la plupart du temps à l’école, la plupart du temps autour d’un livre. Le théâtre ne doit pas se faire à l’école, il doit se faire au théâtre. Il ne doit pas être une leçon de plus à apprendre mais une passion à découvrir, une ouverture, une découverte d’un lieu magique, plein de lumières et d’ombres.

Il faut rendre le théâtre aux artistes. Aux enfants. Leur dire que le théâtre n’est pas que le texte. Il faut ouvrir les portes, allumer les lumières, pousser les murs, réapprendre à crier fort, à courir, à tomber, à rire, à accrocher le public, à se faire entendre de la personne tout au fond qui n’entend pas bien, à savoir prendre la lumière, se jeter sur la scène comme dans un océan. oeufs

 

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4 réflexions sur “L’importance du lieu

  1. Outre tous les problèmes de gestion de l’espace complètement différent entre les répétitions et le jeu en public, il y a la problématique de la gestion du temps (dans le sens rythme/tempo). On ne met pas le même temps à traverser une salle de répétition de 6 m, qu’une scène qui en ferait le double. Ce doit être très déroutant pour les acteurs. Du style : j’ai fini ma réplique mais je me retrouve à 3 m de mon partenaire, alors que je devais presque l’embrasser ! Sensation de manque de coordination, modulation incessante de l’allure des déplacements et du débit du texte, impression d’être à côté de la plaque, sortie de son personnage parce que l’esprit est pollué par tous ces nouveaux paramètres à intégrer… Oui, je suppose que ce doit être difficile pour tout le monde !

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