Travailler un texte

oeufs en colèreDans un cours de théâtre, le travail du texte est important. Très important.

J’ai souvent vu des textes travaillés comme on récite une récitation. L’élève doit restituer les mots du texte, en les articulant bien, en les adressant suffisamment fort pour que le spectateur du fond de la plus grande salle de spectacle qui soit puisse entendre.

Ce principe de devoir projeter la voix ne me plait pas. Certains acteurs ont naturellement une voix qui porte, une voix claire. D’autres, dont le talent n’est pas des moindres, ont une voix plus fluette, un timbre plus doux. Je vais surement faire hurler les puristes du théâtre, mais la voix qui porte est accessoire dans ma façon d’aborder le théâtre. De nos jours les salles, pour la plupart, sont très bien faites et on entend presque de partout. Et au pire, de plus en plus souvent sur les scènes professionnelles, les voix sont reprises par des petits micros cravate. Ceci permet un travail beaucoup plus en finesse, des murmures, des chuchotements. Dans mes cours, je n’aborde la puissance de la voix que lorsque l’interprétation a été assimilée, lorsque l’émotion a été trouvée, la compréhension du personnage aussi. Bien sûr j’évite de mettre de dos et en fond de scène un acteur à petite voix qui doit dire un monologue ; à moi de m’arranger pour qu’il soit entendu, en lui facilitant la vie.

C’est un choix personnel. Le théâtre doit évoluer, s’il reste poussiéreux avec des comédiens qui déclament leur texte, les yeux perdus dans les cintres, moi il m’ennuie. Et comme disait Peter Brook : « Le diable, c’est l’ennui ».

Mais revenons à l’interprétation d’un texte.

Pour appréhender un texte, j’aime le triturer, le décortiquer, le démembrer, le partager. Je vous explique :

Prenons un texte court à deux personnages, disons qu’il est écrit pour un homme et une femme. Je demande aux acteurs d’apprendre les deux dialogues (celui de l’homme et celui de la femme). Ensuite je le fais jouer comme il devrait être joué.Un homme joue avec une femme, ou une garçon avec une fille.

Puis j’inverse les rôles (en modifiant parfois juste un adjectif pour que le texte ne soit pas sexué), les femmes diront le texte écrit pour les hommes et inversement.La scène  se transforme de façon très intéressante. Je tiens absolument à ce qu’au théâtre les femmes, filles ne soient pas cantonnées à des rôles un peu figés de personnages fragiles ou sexy ou sorcières…Je tiens également à ce que les hommes puissent jouer des rôles écrits pour des femmes. Il est bien entendu que dans cet exercice je demande aux hommes de rester des hommes et les femmes des femmes. Pourquoi Hamlet ne serait-il pas une femme? une grande partie du texte de Juliette pourraient bien être dite par un homme, pourquoi pas ? Hummm… je viens d’entendre le bruit des puristes qui tombent par terre évanouis…. ploooofff !

Je continue :mask-1027226_960_720

Si la scène se passe, disons dans un bar, je vais demander à mes élèves de restituer le même texte mais dans un autre lieu (dans un jardin public par exemple, ou au cinéma…). Le texte sort alors de la forme figée qu’il avait au départ et les interprétations se lâchent. Les élèves créent des personnages souvent fort intéressants.

Puis je découpe le texte pour qu‘il puisse être joué par le groupe entier. Cette rencontre à deux va être une rencontre de deux groupes qui parleront ensemble (en choeur), ou bien chacun dira une phrase à son tour.

Je leur demande ensuite de varier les émotions, les ambiances. De jouer cette même scène en riant, ou bien en étant dangereux, ou en la rendant très triste…

Après avoir détricoté cette scène, les élèves ayant goûté aux deux personnages dans diverses situations, avec des émotions diverses ; la scène est apprivoisée. Elle n’est plus seulement que des tirades mises bout à bout, mais un extrait de vie d’où on peut tirer ce que l’on souhaite.

Et alors le théâtre peut commencer… quand on n’a plus peur du texte et qu’on le joue.

 

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4 réflexions sur “Travailler un texte

    • Je suis assez d’accord. Certains y arrivent, mais ça reste très théâtral souvent. Le théâtre change, les belles mises en scène que je voie utilisent les micros cravates. Et l’interprétation est plus fluide, plus légère. Difficile pourtant de trouver toujours des salles équipées avec des micros cravates:).

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