Le public de demain

nmkp0512J’ai l’occasion, à mon grand malheur, de devoir assister souvent à des réunions.

Je ne parle pas des réunions de créatifs, de créateurs, de personnes qui ont une pensée sur l’avenir, de projeteurs… Non… J’adorerais, mais en ce moment je suis plutôt dans la spirale de réunions  pour expliquer pourquoi j’existe, pourquoi j’ai besoin de salles, pourquoi je pleure quand on me baisse ma subvention, comment je dépense les trois francs six sous que la municipalité m’ocroit, pourquoi pour répéter un spectacle j’ai besoin de salles, et tout plein de choses passionnantes et chronophages.

En plus, je ne sais tellement pas manier le langage politique, que parfois pour expliquer, convaincre, ma voix a une fêlure, se lézarde, se casse. Il m’a été d’ailleurs recommandé par une élue de me faire soigner, que je devais être malade pour craquer devant elle… Mais ceci est une autre histoire, qui n’a malheureusement pas grand chose à voir avec le théâtre.

Heureusement je me ressource en travaillant sur de nouveaux projets en ce moment. Et j’en ai deux différents qui me ravissent.

Il se trouve que ces deux projets sont avec des ados. Un spectacle qui arrive à sa dernière ligne droite (puisque nous jouons le 4 et 5 juin prochain), et un autre qui démarre et qui mélangera sur scène ados et adultes.

Lors d’une de ces réunions passionnantes dont je vous parlais au-dessus, une élue soupirait fortement après m’avoir fait comprendre que le public de ma ville était exigeant (celui des autres villes semblaient l’être moins d’après elle, et aussi celui qui venait nous voir…). Elle opinait, en faisant un pont avec sa bouche et en levant les yeux aux ciel. « Ah ! Et puis il est impossible de faire venir le public d’ados. Ils ne s’intéressent pas au théâtre. C’est un vrai problème. »

Alors…. euh…. comment dire ? Ces personnes qui gèrent la programmation des salles dans leur bureau ne viennent jamais voir ce qu’ils appellent avec beaucoup de distance : « les restitutions d’ateliers ». Jamais. Parce que pour eux c’est du sous théâtre. Vous savez : « ce n’est que le spectacle paroissial où les enfants sont habillés en fleur ou en ange et qui tournent sur eux même devant une toile en carton peinte par la maitresse ».

Alors… euh… comment expliquer ça ? Comment expliquer que les ados, quand ils jouent sur scène ; dans la salle il y a… des ados. Et dans ce public d’ados, parfois, il y en a qui trouvent ça tellement bien ce qu’ils ont vu, qu’ils s’inscrivent à leur tour et qu’ils font venir à leur tour de nouveaux ados dans la salle, et ainsi de suite. Et quand on joue sur scène, quand on connait les coulisses, l’esprit de troupe, le grand trac, les applaudissements, et bien on a envie de continuer à aller en voir. Par exemple si tu écris un livre… tu as envie d’en lire. Si tu fais de la moto… tu t’intéresses au monde de la moto, si tu es enceinte, tu t’intéresses aux bébés, si tu cuisines, tu aimes bien découvrir de nouvelles saveurs, etc…

Si le mépris des élus, des programmateurs s’atténuait, s’ils descendaient des sièges des théâtre d’Avignon ou du Théâtre professionnel parisien, ils verraient l’émergence d’une vitalité, le talent des comédiens de demain.

Ils verraient aussi que le public a changé. Qu’il participe. Et oui, maintenant au théâtre (comme au cinéma), les jeunes participent. Ils commentent… et il faut faire avec. Ce n’est pas une agression à éteindre forcément. Et quand parfois dans la salle règne le plus grand silence c’est que, soit ils se sont endormis, soit ils sont captés. Dans le deuxième cas on a réussi. Quand ils oublient que leurs copains sont sur scène et qu’il faut absolument crier leur nom ou rire fort, quand ils détachent leurs yeux de leur téléphone, quand ils arrêtent de bouger sur les fauteuils de la salle…. alors quelque chose s’est passé. Et ça, messieurs-dames les politiques ; c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire. Parce que si la pièce a fait un four, si le public n’est composé que de personne moyenne d’âge 50 ans, ce n’est pas que de la faute des jeunes. C’est que nous, nous nous sommes plantés. Forcer un ado à rester assis sans bouger à écouter un texte qu’il ne comprend pas, qui ressemble fortement à celui qu’il a étudié en classe sans déjà rien y comprendre, c’est un peu n’importe quoi. Surtout si après on lui explique que s’il n’a pas aimé c’est qu’il est nul, que le théâtre c’est bien, que ah ! les jeunes plus rien ne les intéresse, qu’ils ne lisent plus, qu’ils n’échangent plus, qu’avant c’était bien mieux, que moi à ton âge je lisais-allaisauthéâtre-avaisdesbonnesnotes-respectaislesautres, etc, etc…

Il ne faut jamais dire que le public est mauvais, il faut se remettre en question. Il faut aller voir ce qu’il se passe quand les jeunes font, quand les jeunes jouent. Il faut regarder à sa porte ce que font les gens, ne pas toujours dire qu’ailleurs l’herbe est plus verte, que forcément les autres sont mieux. Il faut juste jouer le jeu, se retirer l’épine dans la tête qui dit que dans les ateliers, chez les amateurs la qualité est moins bonne. Les plus grands metteurs en scène ont trouvé leur créativité dans l’amateurisme, elle permet la liberté de créer, d’innover.

Les ados, parfois n’articulent pas forcément parfaitement, peuvent se placer mal, peuvent jeter un coup d’oeil vers le public quand l’un de ses amis hurle son prénom, peuvent rigoler au moment du salut… et bien moi je trouve ça incroyablement vivant. Le théâtre doit sortir de sa torpeur, de son ennui nécessaire, de ses dictats du parler fort et distinctement… Les ados sont le public et les acteurs de demain… Alors respect !

 

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6 réflexions sur “Le public de demain

  1. Bonjour Nath,
    Comme d’habitude, encore un beau texte (qui pourrait faire une pièce de théâtre…).
    Tu sais, nous sommes à l’époque des euros. Alors quand tu parles de francs, ça ne nous rajeunit pas. Et je ne te parle pas des sous ! 😂
    Bon courage pour tes réunions, perso je n’aimerais pas ça non plus.

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