Telle est la question… saugrenue

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Des questions saugrenues au théâtre

Il y a des termes que j’aime particulièrement : saugrenue en fait partie. Qui un jour a inventé ce mot, saugrenue ? Voilà, je l’ai écrit trois fois rien que pour le plaisir

Lorsque je démarre mes cours, (aussi bien aux ados qu’aux adultes)  ou pour ponctuer une fin de cours, je pose souvent des questions saugrenues (et de quatre) , en voici quelques unes :

  • Si vous deviez choisir une lettre de l’alphabet qui vous représente : laquelle serait-elle et pourquoi ?

Essayez d’y répondre, vous allez voir qu’une lettre vous vient assez rapidement, qui vous convient le mieux. Le S pour son arrondi et sa sinuosité (joli mot aussi que j’aime beaucoup : sinuosité) ? Le s minuscule qui, lorsqu’on l’écrit à la main à la forme d’un dos de chat (je vole cette jolie explications à une mes élèves qui se reconnaitra), ou le T qui est droit et hiératique (hé, hé, encore un autre mot pas mal) pour une personne organisée… Le f minuscule (toujours écrit manuellement) parce que la lettre est compliquée et unique…

  • Quel est votre doudou ? : question saugrenue n’est-il pas ? Un doudou ça tient chaud, ça rassure, ça a une odeur d’enfance :

Et bien dites-moi quel est votre doudou odeur : vous savez ces odeurs qui lorsqu’on les sent nous font arrêter le temps, nous font sourire de plaisir. (ça peut être une odeur de fleurs, mais aussi une odeur d’essence, une odeur de caoutchouc, voire de bouse de vache…). Les doudous odeurs n’ont pas de limites.

Quel est votre doudou sucré ? Un aliment sucré qui vous rappelle votre enfance. Ça peut être un dessert, ou un bonbon ou une boisson…

Quel est votre doudou musique ou chanson ? Là, il y en a souvent plusieurs qui viennent à l’esprit, je reste un peu sadique en demandant de n’en choisir qu’un : pour que le doudou soit bien souvenu (euh, pas sure qu’il existe celui-là!)

Etc, etc…. les doudous peuvent être déclinés à l’infini (et au delà) : doudou objet, doudou livre, doudou film, doudou vêtement, doudou animal….

Cet exercice déclenche chez les ados des effets de rebond impressionnant, de digression amusante. Le doudou de l’un va devenir automatiquement celui de l’autre, entrainer un souvenir, une anecdote, des rires, des « Oh ! ouais ! Moi pareil ! », des « Oh ! on a le même doudou, c’est trop drôle », et aussi des « il est pourri ton doudou » et des « tu sais ce qu’il te dit mon doudou ? »…. Chez les adultes, c’est doux, très déstressant, très tendre. Les réactions sont moins sonores, mais les rappels de souvenirs souvent les mêmes.  Souvenirs richochets. 

  • Si vous vous rencontriez vous il y a 20 ans (ou 5 à 10 ans pour les ados) que vous diriez vous ?
  • Si vous vous rencontriez vous dans 20 ans, qu’aimeriez vous vous poser comme question ?
  • Pouvez-vous nous dire un compliment sur vous. Cette question est très compliquée à gérer. Je ne la pose que quand un groupe se connait bien. Elle apporte toujours des rires gênés. Comme si c’était très dérangeant de parler de soi en positif. C’est étonnant. La réponse à la question inverse : un défaut, arrive souvent plus vite à l’esprit.
    • Pour les ados dire du bien de soi tend à se vanter. A être jugé par les autres qui pourraient dire que « c’est du mytho ». Souvent la parole ne vient pas à ce sujet (c’est assez rare chez les ados). Alors je retourne la question en demandant de dire un compliment sur son voisin, et là, la parole se délie tout de suite. Encore plus si je demande de dire un défaut de son voisin quand le groupe se connait bien et qu’il n’y a pas de méchanceté.
    • Pour les adultes, la réponse à cette question reste parfois un peu professionnelle (l’habitude des entretiens d’embauche sans doute). Et souvent après l’avoir dite, il y a un petit sourire du nez, vous savez quand il y a un peu de vent qui sort du nez : un sourire qui s’excuse.

Cette question peut paraître un peu éloignée du contexte théâtral, pourtant elle permet la mise à nu de soi. De son intime. Parler de soi ne doit pas être exclu du théâtre, défendre un personnage sans se dévoiler un peu laisse à l’interprétation un sentiment de lisse, de vernis. J’aime le bois brut, celui qui est rayé, avec des veines apparentes… lorsque les élèves ont trouvé le compliment à se dire, je les vois qui se redressent, qui sourient furtivement, comme un petit plaisir, une petite révélation.  Je leur demande de garder cette sensation, de s’en servir, de ne pas l’oublier.

Voilà, voilà mes questions saugrenues (et de cinq). Elles permettent la concentration, le conte encore une fois, le souvenir, la recherche d’émotions. Elles permettent d’analyser un personnage, de mettre des mots sur son fondement, sur ses motivations.

Un personnage de théâtre a des doudous aussi, des qualités et des défauts, s’interroge sur son être ou ne pas être, là est la question…. saugrenue (6)

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15 réflexions sur “Telle est la question… saugrenue

  1. Merci Nath pour ces questions, ni sottes ni grenues !
    La lettre préférée qui m’est venue à l’esprit, c’est le e manuscrit en forme de 3 à l’envers, va savoir pourquoi… sa forme sans doute, ou le côté « à l’envers » ! Ah, et aussi le æ, mais pour la magnifique chanson de Gainsbourg, « Elaeudanla Teïtéïa » (Lætitia) : https://www.youtube.com/watch?v=5Kkc–aYns8
    Je te souhaite une très belle journée ! 🙂
    Natila

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  2. Incitation à la réflexion sur soi. Alors je me suis interrogée. J’aime le principe. Pour la lettre, je dirais le y, non pas pour le dessin mais pour plusieurs raisons : – c’est une voYelle, donc une sonorité douce – elle peut se placer entre 2 vOYElles et « servir » de consonne (double personnalité/ambigüité) – elle peut être seule pour exister (exception/unique dans un ensemble) – a elle seule, elle représente un lieu, un endroit… tout un monde (même imaginaire) – elle se prononce de 2 façons (i ou ye) selon où elle se place (adaptation) – elle n’est pas très courante (originalité/minorité/marginalité).
    Dans le même esprit, j’aime le w. Une consonne qui se désigne par le double d’une autre lettre (2 fois plus ou dualité ?). Une consonne qui a la sonorité d’une voyelle (double jeu ?).
    Je constate que j’ai vraiment l’esprit tordu ! Je ne dévoilerai rien de plus ici. Merci de cette excitation des neurones. Je continuerai avec moi-même, allez… j’y vais…

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  3. « Grain de sel très goûteux,
    Le chat se pique au jeu
    guéri par son grenu de doudou Kaiku »
    Merci Nathalie pour ces gourmandises salées que je goûte également. On me nargue gentiment d’utiliser ainsi un vocabulaire désuet au charme suranné (fortuitement par exemple que personne, à part moi, n’utilise plus guère selon mon entourage.. :-)). Moi je savoure chacun de ces « Werther’s originals ». Ton texte m’a évoqué le kaiku découvert grâce à l’une de mes abonnées Twitter. Je découvre pour tout dire mais je voulais de ce désert faire sortir des « chats-mots ». 🙂
    Très bon week-end, au plaisir de te retrouver sur mon blog.
    Cat

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  4. Bonjour Nath,
    C’est agréable de lire ton article avec du retard. Il y a déjà tout plein de commentaires. C’est différent de les lire tous ensemble que les uns après les autres.
    Ma lettre ? J’ai pensé alpha et omega. Bizarre ? Dites moi, docteur, c’est grave de penser aussi différemment ? Et en relisant la question, j’ai cherché une lettre de notre alphabet : S.
    S comme Sylvie. Non pas parce que la forme me plaît ou me fait penser à un serpent ou ressemble au signe de l’infini à 90°…
    Pensée égoïste ou égocentrique ? Je ne le pense pas. Mais le S est une repère pour moi, une stabilité qui me suit depuis ma petite enfance : j’étais subjuguée par le fait que ma Maman a un prénom commençant par la même lettre que moi, et que ma grand-mère aussi. C’était notre « lien ».
    Mon doudou nourriture, c’est à dire ma madeleine de Proust, c’est du pain trempé dans un grand bol de lait tiède tout droit sorti du pis de la vache. Je ne retrouve plus cette sensation enfantine, le pain n’a plus cette bonne odeur, le lait a moins de goût et d’odeur, il n’est plus trait à la main et passe par des tuyaux même quand je vais le chercher à la source.
    Je vais réfléchir aux autres questions, un début de psychanalyse doudou ?
    Bisous

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