Prenez vos désirs pour des réalités

 

fleurs paquerettesJ’avais laissé le spectacle démarrer dans mon dernier article, il me faut bien redescendre le rideau maintenant. C’est donc la deuxième partie que j’ouvre dans cet article.

Nous étions tous prêts, mes ados et moi-même pour présenter notre spectacle. Le public était là, dans une salle remplie, le noir s’était fait, la musique s’était lancée.

Je vais essayer de vous décrire la position dans laquelle je me tiens quand je suis en régie pendant le déroulement du spectacle. Pas des plus confortables…

La pièce se joue en « boite noire », donc au sol et le public est sur des gradins.

La régie se trouve tout en haut, après le dernier gradin, à vue. C’est une passerelle, protégée par une rambarde derrière laquelle se trouve toute la régie ; tableaux de bord impressionnants, vidéoprojecteur, ordinateurs, curseurs, potentiomètres, etc…

Devant moi le tableau de bord avec, repéré par des scotchs fluos, les curseurs que je dois monter ou descendre pour le son.

Sachant que j’ai deux sources de son ( 1-la musique et les effets sonores de la pièce, 2-le son qui sort de la vidéo), j’ai donc 4 curseurs (???).

Sur ces monstrueuses tables pleines de boutons, je dois poser mon texte papier et ma conduite (voir dans article précédent pour définition). Entre ces tables, je glisse un petit ordi avec mes sons (que j’ai compilés sur un soundplant – logiciel permettant de n’avoir qu’à appuyer sur des touches de clavier pour lancer et arrêter un son), puis à l’extrémité de mon bras droit, se trouve mon deuxième ordinateur pour les visuels (sur lequel j’ai chargé ma vidéo de lancement de spectacle et un diaporama qui ponctue en vidéoprojection chacune des scènes de la pièce). Le vidéo projecteur  est un énorme appareil placé entre moi et le régisseur et qui fait un ronflement de ventilateur qui me masque les répliques de mes élèves (le vidéo projecteur, pas le régisseur pour le ronflement,)…. ouuuuffff ! je ne sais pas si vous suivez encore. Moi, j’en ai encore des courbatures une semaine après !

Alors j’ai tout ça à gérer, sachant que je ne l’ai jamais répété, que le public est dans la salle, mes ados dans les coulisses et que le noir s’est fait…. Je suis debout, pliée en deux pour à la fois voir la scène (qui est cachée par la rambarde) et en même temps deviner tous mes accessoires et lire le texte, éclairée par une petite lampe bleue… Je lance la vidéo… Le son marche, je bascule comme une pro sur mon diaporama (je me demande encore comment j’ai réussi à faire ça) , je monte les curseurs, le régisseur appuie sur un bouton pour lancer la lumière et… mes Teens envahissent la scène.DSCN7664

Quand je suis en haut, je suis leur repère. Je leur dis de me regarder pour les adresses au public (je suis un peu éclairée par la lumière bleue), comme ça ils n’ont pas les yeux par terre et ils doivent parler comme s’ils s’adressaient à moi pour porter la voix… Je me sens comme un chef d’orchestre. C’est un stress de tous les instants. En même temps je lève la main vers le régisseur lumière pour lui indiquer les noirs, les lumières… Un peu superwoman quand même. Et j’ai le cœur qui bat la chamade, ma respiration se bloque souvent parce que je dois garder aussi les yeux sur le texte pour savoir quand envoyer un son, quand faire le noir, voir s’ils ne s’embrouillent pas pour lancer une musique en avance s’ils se trompent, varier l’éclairage si le décor est mal placé, etc…

Être amateur est bien plus compliqué que d’être professionnel. Les professionnels travaillent avec des régisseurs qui font tout le travail, qui ont tout géré en amont, qui ont créé les lumières et les sons en même temps que les acteurs répétaient. Et puis, il faut que je m’empêche de descendre dans la salle pour casser la figure de celui ou celle qui fait du bruit ou tousse trop fort, parce que je ne supporte pas d’imaginer que les ados (ou les adultes quand ce sont eux qui jouent) puissent être perturbés dans leur jeu. Je deviens un peu dangereuse dans ces cas-là. Mais je me contiens bien sûr.

Ce week-end, j’ai été apaisée par les ados. C’est incroyable à dire, mais ils ont tellement assuré leur partie (le jeu, le déplacement du décor, les placements, les changements de costumes), que je me suis détendue au fur et à mesure du spectacle. Dans la salle, alors qu’il y avait une grande majorité d’ados et qu’en général c’est un public qui manifeste pas mal, il y avait des rires bien sûr parce que le spectacle était drôle par moments, mais aussi un silence extrêmement respectueux, une attention palpable. DSCN8140

J’avais trouvé une astuce. Le décor était composé de trois grandes tables, déplacées régulièrement pour ponctuer les différents espaces de vie dans un lycée. Les déplacements étant très précis, je leur avais envoyé un document indiquant scène par scène le positionnement parfait des tables. Ils l’ont tous chargé sur leur téléphone. Le spectacle mettant en scène des lycéens, donc avec des téléphones greffés au bout de la main, ils le consultaient à vue comme indiqué dans la mise en scène, et en profitaient pour suivre les indications de mon document. Ni vu, ni connu ; il n’y a eu aucune faute de changement de décor 🙂

Le spectacle s’est terminé. Le groupe de dix ados est venu saluer plusieurs fois sous des applaudissements très chargés (cris, hurlements, gens debout, prénoms des acteurs scandés…). Un public d’ados qui vient voir des amis ados, qui n’a pas bougé pendant une heure 15, se défoule quand c’est son tour ! Le public a été grandiose ! Et les adultes, entrainés par les plus jeunes s’y sont mis aussi avec beaucoup de bonne humeur. Le salut des ados est toujours très vivant aussi. Le premier salut se fait comme on l’a travaillé, sérieusement, révérence, basculement en avant, on se prend la main. Puis le deuxième salut, ils dansent, ils rigolent, ils saluent, ils se serrent les mains fort. Un salut d’ados n’a rien de compassé, de rigide, c’est un salut de bonheur, de réjouissance, de swing (d’autant plus que je laisse toujours une musique très rythmée pour entrainer les applaudissements).

Je les rejoins sur scène, je salue avec eux, ils me laissent dire mon discours expliquant que je fais du théâtre depuis mes 17 ans comme eux et qu’il faut continuer à en faire en amateur, à en faire faire et que les salles doivent rester ouvertes pour que la jeunesse puisse créer et se retrouve et découvre le bonheur de la scène… et que voilà, c’est pas compliqué d’être heureux, il suffit de laisser les clés au lieu de les garder enfermés dans des bureaux. Re applaudissement, re petites danses, sorties rigolardes, retour dans les coulisses.

Dans le noir on a fait un grand cercle, en se tenant tous serrés les uns contre les autres, les bras encerclant les épaules et les tailles et on a fait un mega gros câlin de groupe pour se dire qu’on avait été supers, qu’on avait vécu un moment de ouff, qu’on avait de la chance et qu’il faut toujours prendre ses désirs pour des réalités ! Que c’est comme ça qu’ils se réalisent.DSCN7844

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10 réflexions sur “Prenez vos désirs pour des réalités

  1. Bonsoir Nath,
    Je dis bravo à cette possibilité que tu apportes à chacun de ces acteurs de vivre des rêves renouvelés à chaque spectacle, bravo pour ce que tu leur apportes, bravo pour toutes les talents de patience et d’art de vivre ensemble, au sens du bien et du beau, bravo pour toutes les compétences professionnelles que tu mobilises et mets en action consciemment ou inconsciemment…. incroyable. Merci pour tout, très sincèrement !
    Cat
    PS : Et je suis heureuse de t’avoir découverte « pour de vrai » via Twitter 🙂

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  2. Le bonheur c’est pas seulement maintenant, c’est aussi ensuite, et ensuite, et ensuite… tel un écho. Quand le groupe se regroupe, que les liens se resserrent… pour un gros câlin. On parle bien d’amour finalement.

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