Dans le cours des grands

herisson

On peut aussi faire du théâtre quand on est adulte. Et les groupes sont intéressants parce que la décision de monter sur les planches n’est pas si simple quand on est grand et conditionné par le soi disant sérieux que demande la vie d’adulte.

Un atelier adultes commence toujours de la même façon qu’un atelier d’ado. Et même si les élèves sortent du travail au lieu de sortir de l’école, ils ont tous autant les pétoches sous des airs décontractés.

Un atelier adultes demande plus de temps pour le lâcher prise. Parce que c’est compliqué de se retirer toutes les couches de protection qu’on a mis tant de temps à enfiler pour « être dans la société comme il faut ». La démarche d’un adulte qui vient faire du théâtre, la plupart du temps, est une démarche pour redevenir un enfant. Pour retrouver le gout du jeu, de s’autoriser le droit à l’insouciance et au n’importe quoi. Parfois les raisons sont un peu biaisées (pour être à l’aise en réunion, pour apprendre à se détendre, pour bien articuler quand je parle en public….) ; je n’en crois rien. Ou alors, je dévie rapidement parce que je ne suis pas psy ni coach professionnelle.

Lorsque l’ambiance se créée, lorsque les barrières tombent et que chacun largue les amarres, alors on y voit des délires, des propositions, des absurdités. Mais il faut du temps. Parce qu’entre adultes, on n’a plus l’habitude d’apprendre et que pour certains, il faut un peu ruer dans les brancards pour prouver qu’on est un adulte et qu’on ne se laisse pas mener si facilement.

J’ai vécu des relations très dures dans un atelier théâtre adulte, où l’égo de certaines personnes m’a obligé à partir. Pas à cause du théâtre heureusement, mais à cause d’une prise de pouvoir absurde. Une censure incompréhensible qui a dévié sur du harcèlement. Ces personnes étaient en même temps mes élèves et mes employeurs : situation perdue d’avance… Après cet épisode très douloureux, j’ai longtemps hésité à animer de nouveau un atelier adultes.

Alors j’ai ouvert mon propre atelier adulte, dans ma propre compagnie. Et depuis janvier dernier, je me réconcilie, je cicatrise. Je suis toujours plus stressée qu’avec les ados, craignant que l’un ou l’autre ne me déstabilise, ne m’interdise, ne m’humilie. Ça n’arrive plus, mes nouveaux élèves de janvier, et ceux tout nouveaux de cette année, me rassurent. Je me sens bien avec eux, protégée de la bêtise.light-bulb-1344763__340

Moi aussi il faut que je baisse ma garde, que je fasse confiance et que je saute dans le vide (ce que je demande à mes élèves). Et oui ! Un prof de théâtre n’est pas si fort, les artistes sont fragiles, un souffle et ils s’envolent, se cassent en mille morceaux

 

 

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15 réflexions sur “Dans le cours des grands

  1. Bonjour Nath,
    Voilà de quoi bien commencer ma journée. J’ai compris le message (?) et je vais profiter du beau samedi que l’on nous m’annonce pour jouer dans la vraie vie.
    Mon cour de théâtre sera en 3 grans actes…
    1er le marché où j’aime aller flâner entre les étals et discuter avec les vendeurs.
    2ème le ramassage de cagettes, celles qui me plaisent et cette fois il m’en faut pour mes poires cueillies le week-end dernier.
    3ème et le plus important de la journée, visite à l’école de paysagisme du Breuil avec au programme jardins, murs végétaux, bibliothèque exceptionnellement ouverte, discussion avec les élèves mettant à notre disposition gâteaux et boissons (pour financer leur voyage de fin d’année).
    Scène finale moi, les pieds non pas dans des baskettes mais dans une bassine d’eau froide repensant à tout ce que j’aurai vu. (là, c’est vraiment théâtral !!!) 😻
    Bisous et bonne journée

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  2. Bonjour Nath,
    Parce que c’étaient eux, parce que c’est toi… ! 😉
    Merci pour ce murmure l’âme. Attention, la prochaine fois que le Dalai Lama viendra en France, il te citera en exemple de sagesse. ,-)
    Dommage que tu sois loin, j’aurais apprécié de venir dans ton théâtre et apprendre cette confiance en douceur.
    Très bon week-end, à bientôt
    Cat
    PS : Si, comme moi, tu aimes les Stranglers, je t’invite dans mon espace à venir remplir tes oreilles de soleil ! 🙂

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  3. Merci pour ton article, je reconnais que c’est beaucoup plus facile de « casser » quelqu’un et qu’il faut du temps et de la volonté pour se reconstruire. J’espère que ton atelier ne sera pas semé d’embuches et que tu trouveras des gens positifs, ce qui semble être le cas. Mais pourrais-tu refuser quelqu’un si cette personne devient négative pour ton groupe ?
    L’art et la manière de dire les choses on peut l’apprendre, mais encaisser sans se casser ?
    Bonne journée et à bientôt.

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    • Oui en effet, c’est très difficile à gérer quand les égos dépassent le cadre du théâtre. Je ne suis pas très fortiche pour ça. Il faudrait que je prenne des cours. Mais quand ce sont des cours que je donne dans ma compagnie c’est plus facile à faire (je l’ai fait deux fois), mais quand je suis embauchée par la personne qui sème la zizanie… je me casse (pas le choix). A bientôt Patou et merci de ton passage

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