Tout peut être joué, même une chanson…

Dans mes ateliers théâtre j’aime que tout écrit puisse être un support de jeu. Je ne pioche pas que dans des textes théâtraux, je vais grappiller aussi dans la BD, dans la chanson, dans le roman, dans les poèmes, le slam, les vidéos youtube,  des dialogues de film et les livres pour enfants.

Lorsqu’un texte me prend le cœur à deux mains et le tord jusqu’à me retenir de respirer un instant, alors je sens qu’il pourra être joué. Des puristes me l’ont reproché, mais je m’en fiche, je fais ce que je veux. Tout peut se croiser, tout peut se rencontrer sur scène. J’aime éperdument les textes de théâtre (pas tous), mais j’aime l’écrit de toute façon…

J’ai fait jouer à mes élèves des textes de Grand Corps malade en chœur, j’ai donné à jouer du Prévert à deux ados lovés l’un contre l’autre, Claire Bretecher et ses frustrés m’ont permis d’insérer des pastilles drôles et percutantes pour enjamber deux textes plus traditionnels, les ados sont venus cracher les paroles de « Blizzard » du groupe Fauve. Des dialogues du film se sont mélangés à ceux de romans. Jacques Brel et son « Ne me quitte pas » se sont imposés dans le regard de six élèves face au public…. Et je pourrais en citer encore tellement !

Flaubert travaillait de cette façon, il écrivait puis aller tester son texte dans une pièce qu’il appelait « Le gueuloir », où il essayait ses mots en bouche. S’ils ne se disaient pas bien, il les effaçait. Un texte qui se dit bien, peut se jouer bien.

Attention de n’être pas que le réceptacle d’un texte. Un texte doit être une rampe de lancement, doit être une paire d’ailes qui permet à l’élève, au comédien de s’envoler. C’est mon avis. Certains (beaucoup) pensent le contraire : que l’acteur doit être le serviteur du texte et s’effacer derrière. Je ne le pense pas, sinon à quoi bon ?

Chaque texte, même celui qui semble le plus simple, s’il est porteur de sens, d’imagination peut être joué.

Je vous laisse quelques florilèges des textes qui ont été joués dans mes ateliers :

  • Et y’a les aventuriers qu’enchaînent voyage sur voyage. Dès qu’une histoire est terminée, ils attaquent une autre page. Moi, après mon seul vrai voyage, j’ai souffert pendant des mois. On s’est quitté d’un commun accord. Mais elle était plus d’accord que moi. (extrait de « les voyages en train » de Grand Corps Malade)
  • Moi quand j’avais trois ou quatre ans je croyais que l’âge s’inversait. Qu’à mesure que je grandirais, mes parents deviendraient petits.  Je m’imaginais déjà debout dans le salon, les sourcils froncés et l’index levé, dire non non non avec une grosse voix, vous avez mangé assez de Nutella ! (extrait de No et moi de Delphine de Vigan)
  • Par exemple on se donnait toujours la main. Bon, d’accord, c’est pas grand-chose. Mais pour ce qui était de se donner la main elle était super. La plupart des filles , si on les tient par la main, c’est comme si leur main était morte dès l’instant qu’on la prend, ou bien, au contraire, elles s’empressent de remuer la main sans arrêt comme si elles pensaient que ça va vous distraire. Avec Jane c’était différent. On allait au cinéma ou quoi et immédiatement on se tenait par la main et on restait comme ça jusqu’à la fin du film. Sans changer la position et sans en faire toute une histoire. Avec Jane, même si on avait la main moite y avait pas à s’inquiéter. Tout ce qu’on peut dire c’est qu’on était heureux. Vraiment heureux. (extrait de l’attrape cœur de Salinger).
  • On va encore grandir, c’est sûr, mais à quoi on va ressembler ? Être gros, petit, beau, est-ce que ça importe tant que ça ? On veut tous être quelqu’un d’autre. On veut tous quelque chose mais on ne sait pas quoi. On veut tous être quelque part et pourtant quand on y est on ne rêve que d’en partir. Nous allons grandir, les secrets s’oublieront. La nuit, la pluie, le vent, les étoiles nous envelopperont doucement. On s’étonnera de se tenir par la main.

    Et ce sera bien.

    (Le journal d’une grosse patate de Dominique Richard)

Et vous ? Auriez-vous un texte qui pourrait se jouer ?  Quel est le texte qui vous prend le cœur ?

Bizavous

Nath

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26 réflexions sur “Tout peut être joué, même une chanson…

  1. Tout à fait d’accord avec toi Nath, tu fais ce que tu veux… Et tu as bien raison !!!
    Pour Flaubert, qui testait ses textes, cela me fait penser à la citation de Nicolas Boileau-Despréaux « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ».
    J’ai déjà pensé à des textes qui pourraient se jouer… je réfléchis, et je reviens vers toi si je les retrouve ! Bises 🙂

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  2. Tout texte est sujet à interprétation… dans tous les sens du terme. Ce que l’auteur a voulu faire passer comme message, ce qu’il a écrit, ce que le lecteur a lu, comment il l’a traduit, ce que le l’interprète révèle, comment il joue, ce que le l’auditeur a reçu, ce qu’il a ressenti…
    Dès sa diffusion le texte n’appartient plus à son auteur. On ne vibre pas tous sur les mêmes mots, on n’a pas tous la même interprétation d’un texte. Il n’y a pas de vrai, pas de faux, mais des images que chacun a le droit de se faire, … ou pas.
    C’est la richesse du langage.

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    • Tu as tout à fait raison. Tout ceci est très subjectif. Ces textes me portent dans un contexte particulier, j’essaie de le transmettre à mes élèves, ils l’interprètent forcément de ce que j’avais imaginé, et le résultat est magnifique de toutes ces diversités 🙂 Merci de ton passage Nathalie. Un bisou

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      • Une réponse me fait toujours relire mon commentaire. Je ne suis plus dans la même position, je deviens alors lectrice de mon écrit. Et je ris… parce que je constate que je peux l’interpréter différemment, lui donner un autre sens (presque hors sujet, d’ailleurs !). J’aurai dû m’arrêter à « Tout texte est sujet à interprétation ». Point, terminé. Chacun se faisant le film (devrais-je dire la pièce) qui va derrière.
        Mais tu as bien capté ce que je voulais dire. Merci.

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  3. Les classiques sont bien entendus toujours aussi incontournables, mais ces « croisements », adaptations, mélanges… permettent, grâce à des personnes comme toi, que le théâtre reste vivant, vibrant. Bref de son temps ?

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    • Les textes contemporains seront les classiques de demain, alors c’est bien aussi d’être en avance sur son temps. Et tous les classiques ne sont pas incontournables pour moi, certains sont un peu ennuyeux, ou dépassés. Mais évidemment restent les chefs d’œuvre, et là ! C’est du lourd et on ne peut pas s’y attaquer légèrement… Quoi que… maintenant que j’y pense… Pourquoi pas ? Merci Aline, tu me donnes des idées..:)

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      • Ah, Nathalie qui revisite le classique ! A mon avis, décapant. Tu vas nous réconcilier avec certaines oeuvres certes jugées incontournables mais parfois ch…tes.
        J’admets volontiers que lire certains auteurs ont été une vraie torture pour moi 🙂

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  4. Bonsoir Nath,
    Tellement de retard depuis 15 jours.
    J’aime l’explication donné à ton travail très pédagogique.
    Je retiens surtout deux expressions qui donnent une vision poétique de ce cap : « un texte doit être une rampe de lancement, doit être une paire d’ailes qui permet à l’élève, au comédien de s’envoler. 🙂
    Puisque tu sais parfaitement exprimer tes émotions, pourquoi n’écrirais-tu pas alors toi même une pièce, complètement ou partiellement avec certains élèves de ton cours ? 🙂
    Cat

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    • Merci Cath de ce gentil message. J’écris, j’écris depuis que je sais écrire. J’ai écrit des romans et des pièces de théâtre. Et en effet, j’ai écrit une pièce qui s’appelle « Bizavous » (dont je parle dans un de mes articles) et qui raconte la vie d’un atelier. J’y ai restitué des souvenirs, des anecdotes, des aventures vécues dans mes ateliers. Je jouais dans cette pièce, et je jouais quoi… La prof de théâtre 🙂 Biz

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      • Bonjour Nath,
        Waouh… je découvre après chacun de tes articles un nouveau talent. Que ton entourage est donc chanceux de profiter de toutes tes compétences et qualités si généreusement offertes. 😉
        Peux-tu me redonner le lien dans lequel tu évoquais ta pièce ? Tes romans ont-ils été publiés ?
        Je t’admire vraiment d’épanouir quotidiennement ces dons.
        Tu me trouverais probablement bien fade si nous rencontrions « IRL », moi qui en suis démunie.
        Pour autant, ta gentillesse t’amène à me remercier alors que c’est toi qui nous gâte. 😉
        Bises, belle journée.
        Cat

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  5. Je dirait même plus « surtout une chanson » 😉 Une Chanson est une petite histoire de trois minutes alors pourquoi ne pas la mettre en scène réellement et plus longuement. Il y a tant de chansons qui mériterai d’être adaptées. Non seulement celles de Grand corps malade mais aussi de Brel, Brasens, Ferrat, Ferré… voir même Renaud. Bonne journée Nath…

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  6. Bonjour Nath,
    Beaucoup de retard dans les lectures… Je profite d’attendre une amie sous un porche à l’abri de la pluie. Pourtant internet m’avait dit 0% de pluie sur Paris !
    Tes écrits eux aussi pourraient être jouées. Tu nous emmènes à chaque fois dans ton monde du théâtre. C’est bien agréable.
    Quant aux chansons, ce sont des poésies. Alors pourquoi ne pourraient-elles pas être mises sur scène ?
    Bonne journée 💋
    Sylvie

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