En mars, c’est mollasson…

Dans les ateliers théâtre, j’ai remarqué qu’il y a toujours ce qu’on appelle un ventre mou, un moment un peu mollasson où rien de concret ne se passe, où les élèves sont à zéro de tension et où mon esprit n’est pas beaucoup plus vaillant.

J’ai remarqué que c’était souvent en mars.

Les premiers temps où je donnais des cours, je m’inquiétais chaque fois, à la même période en pensant que je me ramollissais, que mes élèves n’étaient plus motivés, que je n’avais pas le talent pour tenir une année, enfin toutes ces réflexions très sympathiques qui laissent sur le carreau sans plus aucune énergie…

Et puis, je me suis aperçue que cet état revenait chaque année à la même période. Et que ça passe.

Un cours mollasson-type.

Contrairement à l’habitude, je n’ai pas forcément travaillé à fond mon cours, me disant que le texte de la pièce est distribué, les premiers positionnements à peu près intégrés, le groupe uni… Ce sont ces jours où j’arrive comme j’irais me promener dans les bois, limite si j’emmène le texte et ma musique, confiante.

Et… bim!

Les élèves, en tout cas la majorité, sont venus dans la même mollassonnerie (?) que moi. On se dit bonjour mollassonnement, on se réunit dans un cercle mollasson (décidément j’aime bien ce mot rond), certains sont en retard, d’autres endormis ou aux toilettes pour se raconter leur journée.

Moi, toujours mollassonne, je laisse le temps aux chasses d’eau de se vider, aux bavardages de se terminer, je m’aperçois que j’ai oublié ma bouteille d’eau en plus de mon texte et de ma préparation de cours.

Tout mou.

Je propose  mollement que nous travaillions sur telle ou telle scène. On opine, on baille. Je m’empêche de répondre à ces bâillements. Je cherche une musique. Mon téléphone est vidé…, comme moi.

Un élève me propose de la trouver sur le sien.

Un temps…. long… pas de réseau…

On attaque (enfin attaquer est un verbe un peu fort pour l’effort fourni) une scène. Dans ces cours mollasson, sans savoir pourquoi ni comment, je n’arrive à aucune discipline, les chuchotages s’installent, les coups d’œil au téléphone ne se cachent plus. Le texte est oublié, murmuré, rigolé, transformé… sans qu’aucune énergie de part et d’autre ne parvienne à redonner un petit coup de pied aux fesses à ces cours.

Des cours pour rien. Dans lesquels je regarde l’heure et qu’elle ne passe pas. Ces cours où, quand l’élève a difficilement restitué son texte je le regarde avec le cerveau liquéfié, sans aucune remarque à lui faire. Alors je dis : « Bien, bien… c’est pas mal » et très lâchement j’ajoute : »Un peu mou quand même, non ? Limite mollasson, même. »

Les deux heures s’étirent aussi longues que des jambes d’ados, je tente deux ou trois suggestions qui me sont renvoyées comme des boomerangs :  » Mais, tu m’avais dit de faire le contraire la dernière fois ! » Je continue dans une mauvaise foi crasse : « Oui… ? peut-être… seulement aujourd’hui j’aimerais qu’on essaie autre chose. »

Ils soupirent, trainent leur grand corps d’une chaise à l’autre. les ados sont toujours fatigués, mais ces jours-là ils semblent porter des baskets de plomb.

La meilleure solution c’est de ne pas insister. Ça ne sert plus à rien.  La mollassonnerie est comme un scotch qu’on essaie de se retirer du doigt et qui se recolle toujours.

Alors viens le kif qui sauve : Je leur dis : « Bon, ça fait bien longtemps qu’on ne s’est pas racontés notre petit kif de la journée ! ».  Aucun mollasson du monde ne résiste au petit kif. On dirait alors que je suis le Père Noël ! Je me réjouis aussi de finir aussi bien ce cours tout mou.

Une petite piqure de rappel sur le petit kif que j’ai traité il y a fort longtemps dans un de mes premiers articles. Un petit kif c’est chacun qui raconte un petit moment joli de sa journée. Un de ces petits moments de suspension où ils se sont sentis bien. J’aime à leur rappeler qu’il en existe toujours, qu’il suffit de les remarquer. Ils démarrent en disant que leur journée a été pourrie, que les kifs ça fait bien longtemps qu’ils n’en ont plus, que les profs ont été encore plus nuls que d’habitude, qu’ils sont saturés de devoirs, que le… et la….et que… ah ! tiens… si… peut-être… j’en ai un… et ils arrivent les petits kifs. A foison. Ils éclatent comme des bulles en même temps que les rires.

On se réunit en cercle, tous s’impatientent, rigolent, lèvent la main les doigts écartés : « Moi, j’ai mon petit kif ! ». « Nat ! Je peux en raconter deux ? », « Moi j’en ai un mais il est un peu sadique, je peux quand même ? ».

Je me rends compte aujourd’hui que je n’ai pas proposé de petit kif depuis longtemps. Nous travaillons sur les spectacles, ils sont concentrés, présents, attentifs, je prépare mes cours, on avance…Mais aujourd’hui, ce fut un cours mollasson-type. Un cours bof. Et pourtant nous sommes en avril….

Il ne faut pas que j’oublie qu’il faut s’arrêter parfois, pour prendre le temps de ce petit kif… sinon j’oublie l’humanité, j’oublie la surprise, la main tendue et les doigts écartés, les yeux qui brillent.

La semaine prochaine, promis, je le ferai ce petit kif.

Bizavous

Nath

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4 réflexions sur “En mars, c’est mollasson…

  1. Bonjour Nath,
    Merci pour cet article qui m’a fait passer un bon moment.
    J’ai été mollassonne pendant 2 mois et aujourd’hui mon kif, c’est de lire ton article ! Et non, je ne copie pas sur Electron Libre !
    Bonne journée
    Sylvie

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