C’est pas juste !

Dans les cours de théâtre pour ados, il y a les cours, les ados et la vie des ados. La vie des ados est concentrée principalement par les cours du lycée. Leur vie tourne autour des études, des amis, des amours, des parents.

Dans mes cours de théâtre il y a les ados qui reviennent d’une année sur l’autre. Qui partagent un petit bout de route avec moi. Qui grandissent, s’affinent, osent de plus en plus et ouvrent leurs grandes ailes de papillons ou leurs pinces de homards au choix. Je les vois titubants, fragiles et solides à la fois qui s’exercent à s’autoriser d’être des personnes biens.

Mais quelques fois, dans les cours de théâtre pour ados, il y a ce grand épouvantail de la réussite scolaire qui empêche, qui arrête tout autre chose, comme une grande jalouse qui déploie ses griffes. Cette mangeuse de temps et d’ espoir ne supporte pas de rivale. Elle veut l’exclusivité. Son regard glacial et ses ailes immenses recouvrent tout espoir d’une lucarne sur la vie autrement.

Parce qu’il faut réussir, parce qu’il faut se hisser au moins à la moyenne, parce que sinon après on n’aura pas son bac, pas d’études supérieures, pas de métier, pas d’argent, de maison, d’avenir, etc…. La réussite scolaire est le tyran des ados, le père fouettard, le monstre du placard.

Parfois, quelques fois, trop souvent, un de mes élèves, un de ceux-là que j’aime particulièrement parce qu’il a relevé les yeux, lui ou elle qui avait si peur de le faire, parce qu’il ou elle a parlé plus fort et tiré ses épaules en arrière pour défendre un personnage sur scène. Et bien ces élèves-là, qui sont malheureux de l’école parce qu’ils ne sont pas formatés pour être dans la masse, ce sont eux qui me disent qu’ils arrêtent le théâtre. Parce que : « Tu comprends, Nat, je n’y arrive plus au bahut, ma moyenne chute, je n’arrive pas à m’organiser, je suis un peu perdu, il faut…je suis tellement désolé(e) mais… je ne peux pas continuer le théâtre… ».

Moi aussi à ces petits princes perdus, à ces albatros aux trop grandes ailes,  je dis que je suis désolée, parce que ce n’est pas juste, parce qu’ils étaient heureux ici et que la grande jalouse fait encore des ravages sur les plus fragiles. Je suis désolée que tu te débattes avec tes mauvaises notes à l’oral au lycée, alors que sur scène ta voix s’envole jusqu’au dernier rang. Je suis désolée que tu n’arrives pas à retenir les dates de la bataille de Marignan quand tu as appris tant et tant de textes que tu disais en rigolant, que tu disais en pleurant, en lançant aux projecteurs que tu étais invincible. Je suis désolée parce que quand tous ces yeux dans le noir, qui t’avais regardé jouer, t’applaudissaient à tout rompre à la fin de la représentation, et bien tu  souriais. Et le sourire que tu avais là, oui, c’était le plus beau sourire du monde. Un de ces sourires qui portent le menton haut et qui disent : « Me voilà la vie, maintenant je n’ai plus peur de rien »….

Je suis désolée. Tellement désolée…

Nath

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