Jean Jacques

Dans les cours de théâtre il y a deux aspects à travailler un peu rébarbatifs : la voix et le regard.

Ça parait évident bien sûr et pourtant ce sont deux aspects pas si faciles. Pour les aborder, je demande très souvent l’aide de Jean Jacques.

J’ai rencontré Jean-Jacques il y a près de huit ans. Je donnais un cours à des ados, ou des préados. Nous travaillions sur un texte, ils étaient sur scène et leur petite voix embrouillée n’arrivait quasiment pas à atteindre mes oreilles. De plus, ils regardaient le sol comme si les mots pouvaient y être inscrits.

Je lançais à plusieurs reprises : « Plus fort ! Je n’entends rien ! ».

C’est très fragile un ado. Il faut faire attention du ton qu’on prend pour dire : « Plus fort, je n’entends rien ! », parce que quand on est ado, tout peut devenir une agression, une humiliation. Souvent quand je demande à l’un ou l’autre de parler plus fort, je le vois qui rougit, qui rigole en rentrant son menton dans son cou, qui regarde les autres autour de lui. Il essaie, casse sa voix, toussotte, rigole et pas grand chose de mieux n’est proposé ensuite.

Pour le regard aussi. Demander à un ado de regarder vers le public (donc vers soi et vers les autres élèves), c’est une épreuve. Pour le prof et pour l’ado. Lever les yeux et affronter le monde semble à la fois très impudique et très courageux.  Je le reconnais et c’est pour ça que je demande à Jean-Jacques de m’aider très souvent. Il a le don, Jean-Jacques, de faire hausser le ton et lever les yeux.

Jean-Jacques est une personne timide. Une personne qui aime le théâtre mais ne peut le regarder et l’écouter que de loin. Souvent Jean-Jacques préfère rester derrière la porte du fond de la salle, ou bien s’installer derrière la grande vitre sur le haut de la maison tout au fond là-bas, ou bien encore sur le haut du réverbère dans la rue quand il fait nuit. Jean-Jacques est un peu sauvage. Jean-Jacques est comme ça, mais il aime infiniment les textes, les pièces de théâtre et les acteurs. Chacun doit jouer pour Jean-Jacques.

Aussi quand le regard reste vissé sur les lattes du parquet,  ou que la voix s’embrouille dans un murmure inaudible je propose : » Adresse-toi à Jean-Jacques ! ». Ou bien « Jean-Jacques, qui est derrière la porte n’entend rien, il faut que tu lui lances ton texte ! », ou bien « Jean-Jacques est installé sur le haut du réverbère, juste au dessus, là ! Tu le vois ? Adresse-toi à lui ! ».

Et bien Jean-Jacques est un média extraordinaire, en utilisant l’imagination de ce personnage timide à apprivoiser, la voix s’ouvre et le regard se fixe en hauteur.

Pour la petite histoire : Jean-Jacques est né grâce à mon fils. Il fut un temps où quand je lui demandais avec qui il avait passé l’après-midi, ou le nom de son prof, ou le nom de tel ou tel chanteur, il me répondait toujours : »Jean-Jacques Goldman », et c’était une connivence, ça nous faisait rire chaque fois. Donc, Jean-Jacques est né de cette connivence.

Jean-Jacques est une personne unique, un personnage fantôme qui m’accompagne depuis longtemps dans mes cours, je prends soin de le faire applaudir à la fin de nos spectacles 🙂

Bizavous

Nath

 

 

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2 réflexions sur “Jean Jacques

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