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Peindre le portrait d’un 1er cours pour ados

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 Pour faire le portrait d’un premier cours pour ados :

 

  • Prendre d’abord une salle et une douzaine d’ados
  • Laisser du temps pour qu’ils se regardent tous, en douce
  • Puis prendre la parole quand l’attention est bonne
  • Leur expliquer que le théâtre a démarré, dès l’instant où ils entrent

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Il y a des gens qui me regardent…

grenouille

Souvent pour démarrer un cours, j’aime rappeler,par une question saugrenue 😉 ou une demande de souvenir, que le comédien se doit d’être « extra voyant ».

Chacun des personnages qui sera joué, travaillé, décrypté, interprété a quelque chose de chaque personne que l’on croise :  on a tous en nous quelque chose des autres… Il suffit d’ouvrir les yeux. Saurez-vous ouvrir les yeux à votre tour ?

Je m’explique :  Lire la suite

Telle est la question… saugrenue

maison

Des questions saugrenues au théâtre

Il y a des termes que j’aime particulièrement : saugrenue en fait partie. Qui un jour a inventé ce mot, saugrenue ? Voilà, je l’ai écrit trois fois rien que pour le plaisir

Lorsque je démarre mes cours, (aussi bien aux ados qu’aux adultes)  ou pour ponctuer une fin de cours, je pose souvent des questions saugrenues (et de quatre) , en voici quelques unes :

  • Si vous deviez choisir une lettre de l’alphabet qui vous représente : laquelle serait-elle et pourquoi ?

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Travailler un texte

oeufs en colèreDans un cours de théâtre, le travail du texte est important. Très important.

J’ai souvent vu des textes travaillés comme on récite une récitation. L’élève doit restituer les mots du texte, en les articulant bien, en les adressant suffisamment fort pour que le spectateur du fond de la plus grande salle de spectacle qui soit puisse entendre.

Ce principe de devoir projeter la voix ne me plait pas. Certains acteurs ont naturellement une voix qui porte, une voix claire. Lire la suite

S’envoler au-dessus des nuages

 

life-864361__180Cet exercice est très stimulant pour l’imagination et le lâcher prise. Lorsque je le fais, il faut que ce soit le bon moment.

Souvent sur ma feuille de travail, préparée à l’avance chez moi, je le note. Et, je sais dans les premières minutes si il est possible que je le fasse ou non. Parfois, je l’oublie et le reporte au cours suivant.

Ça dépend du rythme qu’a pris le début du cours, comment se sont dit bonjour les élèves, s’il fait bon dans la salle où nous travaillons, si le début de séance (en cercle) est détendu. Le ‘je ne sais quoi » qui fait que c’est le bon moment.

Chacun doit être assis sur une chaise confortablement. Si, la salle le permet et que le sol est chaud, alors il est possible de s’allonger au sol. C’est mieux d’ailleurs.

Les yeux fermés, définir comme avec un crayon les contours de son corps. Le dessiner en silhouette. Puis bien déterminer quelles parties du corps touchent quelque chose, et celles qui sont dans le vide.

Se situer dans l’espace, se rappeler des autres, de la place que nous tenons dans le cercle, de qui est près de nous. Puis écouter les bruits environnants, les détails des bruits (lointains et proches), ne pas se laisser perturber par eux. Puis sentir l’odeur de la salle. Tacher de se représenter l’intégralité de la salle, la place que nous y avons, délimiter les murs, les objets qui composent ce lieu.

Ensuite se voir d’en haut. Comme si nous étions au plafond et que nous voyions notre corps en dessous, visualiser la pièce entière et nous dedans.

Monter encore d’un cran et sortir… ouvrir la focale et se voir au-dessus du bâtiment dans lequel se trouve la salle. Continuer à se fixer et voir son corps par rapport à cette place ci : sur le toit.

Puis monter encore d’un cran et se poser sur un nuage. Visualiser son corps par rapport à la ville, au dessus du bâtiment, au-dessus des immeubles et des champs. Prendre un peu de temps pour revisualiser son corps dans cet ensemble.

Puis lentement redescendre, se poser sur le toit, le traverser pour rester au plafond, replonger dans notre corps, repérer de nouveau les autres qui nous entourent, redessiner les contours de son corps et doucement ouvrir les yeux.

Cet exercice est comme un long plan séquence, une contre plongée, et une plongée. yoga haut montage

Il permet de voyager en restant immobile. Comme au spectacle. Nous devenons spectateur de nous-même.

On est un peu zinzins quand on fait du théâtre…

 

Dansons le Tango

couleursJe donne une grande importance à la musique dans mes cours. Jouer et danser à deux restent un travail de rythme. Trouver le rythme à deux.

Quand on joue ensemble, les regards, les respirations, les corps doivent être à l’unisson. La sensualité est le maitre mot du jeu du comédien. Sensualité pour ne pas rester que dans l’interprétation intellectuelle et distanciée, sensualité pour toucher, ressentir, danser, jouer. Se défaire d’un jeu qui ne vient souvent que de la tête, y accorder le corps aussi…

Pour approcher cette sensualité, je pratique un exercice, aidée par la musique.

Je démarre avec un exercice très basique de beaucoup de cours de théâtre.

Deux élèves face à face.

  • L’un guide l’autre en tendant la main en avant, paume vers le visage de l’autre. Le guidé doit fixer son regard sur la main de son partenaire. L’espace entre la main et le visage doit toujours être le même. Pas de contact physique. Les mouvements doivent démarrer très lentement, le visage du guidé suivant les mouvements de la main du guide,  afin que le duo puisse être en harmonie. Puis, quand la complicité s’est installée, le guide peut tenter des mouvements plus rapides (diriger sa main vers la droite, puis la monter). Il ne doit pas avoir la volonté de piéger l’autre, au contraire. L’ensemble doit être harmonieux à regarder, très fluide. Puis les rôles changent, le guidé devient le guide.
  • Ensuite, les regards sont fixés sur les pieds de l’autre. Le guide commence à bouger, à danser très lentement. Le guidé doit reproduire les pas en miroir (l’un avance le pied droit, l’autre recule le pied gauche…). Le mouvement au début doit être très simple, puis, lorsque la connexion s’est bien établie, les pas peuvent devenir plus complexes. Les regards sont toujours sur les pieds. Puis les rôles changent, le guidé devient le guide.
  • Puis les partenaires doivent se regarder yeux dans les yeux. Garder ce lien, sans rire, trouver une même respiration, rester un moment pour apprendre à apprivoiser ce lien pas facile. Puis le guide commence à bouger très lentement sans que les yeux ne se quittent. Le duo doit arriver juste par la concentration, le lien du regard et du souffle à se déplacer, à bouger chaque partie du corps ensemble. Les rôle s’échangent ensuite.

Puis j’ajoute la musique. Une musique rythmée mais lente. J’aime celles-ci :

« Flow » : de Sade ou bien « Peace » : de Asa ou encore « Polishing peanuts » : de Deluxe

Mais tout morceau ayant ce même genre de rythme est bon. Un tempo doux, sensuel. Lorsque la concentration est là, le rendu visuel de ces couples qui dansent, le regard en béquille et le corps mouvant est très beau.

Cet exercice ne peut évidemment pas se faire le premier jour. Avec les ados il est compliqué, mais il peut se faire avec

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une préparation, une explication de la tenue de la concentration. Évidemment il faudra être patient, mais passé les rafales de fous rires, un peu d’autorité. L’exercice fonctionne si il y a un défi :  le duo qui gagne est celui qui ne fait aucun son. Avec les adultes cet exercice marche mieux. Il créé une belle complicité. Il est important d’expliquer que sur scène le jeu se fait comme dans la danse, avec une connivence, une écoute de l’autre, une harmonie sensuelle, des regards francs et un rythme commun. Il faut apprendre à apprivoiser l’autre, savoir s’appuyer sur l’autre sans peser, savoir accompagner sans diriger. Trouver le rythme…

Prenons l’ascenseur

pinces a linge

L’exercice de l’ascenseur est un exercice qui sert à rapprocher les corps tout en travaillant une concentration très solitaire.

 

Au préalable, je délimite un très petit espace dans la salle (avec des vêtements, ou des carreaux de carrelage ou des lattes de parquet si le sol le permet). L’espace doit être ridiculement petit.

Je donne comme consigne aux élèves d’entrer dans cet espace ensemble et tous me faire face . Ils vont prendre l’ascenseur, personne ne se connait. Chacun doit savoir où il se rend, à quel étage il descend, dans quel lieu il se trouve (immeuble d’affaires, immeuble d’habitation, parking à étages…) et surtout le degré d’importance d’arriver à l’étage.

Je leur demande de ne rien me prouver, de ne rien simuler, de ne rien me démontrer (je suis intelligente, je n’ai pas besoin qu’on regarde sa montre pour que je comprenne qu’on est en retard). Je veux qu’ils aient les réactions qu’ils auraient réellement dans cette situation. Cet exercice ne doit donc pas être bavard.

Ils montent tous dans l’ascenseur, très serrés. Je donne les informations au fur et à mesure. Leur concentration doit rester toujours la même.

1- Les portes se ferment et l’ascenseur monte (laisser un temps assez long pour que chacun s’installe)

2-Une personne (désignée) tousse, d’abord un peu, puis de plus en plus (voir réactions)

3- la personne ne tousse plus. Par contre une odeur insupportable se fait sentir (voir réactions)

4- L’ascenseur s’arrête entre deux étages. En panne. (prendre le temps de voir les réactions)

5- L’ascenseur redémarre

6- L’ascenseur ouvre ses portes.

C’est un exercice qui a toujours marché, avec les ados comme avec les adultes. Ils font tous preuve d’une grande concentration. C’est étonnant comme l’imagination permet très vite de se sentir enfermé dans un lieu, d’imaginer la promiscuité, voire d’envisager les murs autour de soi. J’ajoute quelques fois des nuances comme de désigner la personne qui sent mauvais, mais souvent je m’aperçois que le regard des autres sur l’élève désigné, le mal à l’aise que ressent l’élève d’être regardé et jugé est troublante. Avec les ados qui peuvent traverser parfois des périodes de mises à l’écart pour certains, je ne favorise pas cette consigne. Ils peuvent avoir du mal à différencier le vrai du jeu. Avec les adultes, il y a plus de recul, plus de jubilation même.

Autres consignes possibles : une personne désignée est une star ou un dangereux criminel, ou bien l’un devient claustrophobe… Les situations peuvent se décliner.

L’ouverture des portes ensuite permet les rires, les soulagements, les discussions, la détente des corps, une connivence, comme s’ils avaient vécu une aventure commune, un souvenir commun. C’est ainsi que la cohésion d’un groupe se fait petit à petit…

L’arrivée dans un lieu inconnu

vieux hangar desaffecté

Cet exercice d’improvisation peut se décliner sur plusieurs thèmes. Il est très amusant à regarder, et passionnant à jouer. Il permet la concentration, la confrontation au groupe, l’improvisation et l’adaptation à une situation.

Je choisis un élève (ou bien il choisit d’être l’élu : les ados se précipitent toujours pour être choisis, les adultes attendent plutôt que je les désigne), je le prend à part et lui donne une consigne qui peut varier (je donnerai les variations plus bas).

Je prendrai le premier exemple :

Il vient d’avoir un accident sur une route inconnue en pleine nuit, il a marché longtemps, son téléphone ne capte pas ;  il finit par trouver un bar ouvert, il va entrer… et l’improvisation commence.

Je dis à cet élève de rester à l’écart ou bien de se boucher les oreilles si la salle ne permet pas de l’isoler, le mieux est qu’il attende derrière la porte.

Aux autres du groupe, je demande d’installer avec des tables et des chaises un décor de bar. Puis ils doivent définir les différents rôles qu’il peuvent y tenir  : le (ou la) serveur (se), le (la) bar(wo)man, les différents clients, l’apprenti(e), etc… Ils se désignent et s’installent. Puis vient la consigne que l’élève à l’écart n’entend pas.

Ils sont au Paradis, ils sont donc tous morts. Mais…jamais ils ne doivent le dire clairement à l’élève cette . Les informations doivent venir très lentement, subtilement…

L’improvisation prête à beaucoup de surprises, de subtilités. J’ai vu des réactions très belles, des histoires également, lorsque l’élève s’aperçoit du lieu où il se trouve et de la conclusion qu’il doit tirer de l’accident qu’il a eu. J’ai vu les élèves du groupe accompagner la détresse réelle de leur compagnon et je les ai vus faire s’ouvrir le sol pour permettre au nouveau mort de pouvoir voir la terre, sa famille, ses amis…

D’autres consignes (avec toujours le secret pour la personne qui arrive) :

  • une personne a un rendez-vous amoureux dans un bar avec une personne rencontrée par le biais d’internet mais qu’elle n’a jamais vue… elle entre en fait dans un bar qui est tenu par des dealers… les quiproquos sont amusants.
  • une personne arrive après un accident dans un bar et tous les gens la prennent pour une star.
  • une personne arrive dans un bar après un accident et les gens présents la reconnaissent comme un dangereux individu recherché par toutes les polices.

Les exemples peuvent se décliner à foison. Ce thème est toujours source d’idées, de personnages cocasses, de réactions intéressantes, le plaisir du secret est source de grande concentration et la surprise de l’acteur, la nécessité de s’adapter à la situation permet un vrai travail d’interprétation, une émotion réelle.

Les ados me demandent très souvent en fin de cours « un petit bar » pour la route ! Quand on a le temps, je me fais un plaisir de leur faire ce plaisir. Je sais que vais me régaler aussi…

Écrire une lettre

 

crayon taille

L’exercice de la lettre mérite un détour : c’est  un très bel exercice, qui permet de jauger encore l’imagination et la concentration.

Je sépare le groupe en deux. Je donne à chacun des groupes une indication que n’entendra pas l’autre.

Au premier groupe, je demande à chacun de s’installer où il le souhaite sur la scène et d’écrire une lettre. De se concentrer sur les mouvements très précis qu’il doit faire pour mimer l’écriture d’une lettre : la façon de prendre une feuille, de tenir un crayon, de faire les lettres, de lever le poignet entre les mots, de tenir la feuille avec l’autre main, de placer son regard…. Je leur demande de se concentrer sur le geste, sur la rédaction de la lettre, puis sur la façon de la terminer, de replier la feuille, de la mettre dans une enveloppe, de se lever et de partir avec. La consigne étant donc d’être dans un travail de recherche très précise du geste.

Au deuxième groupe, je demande d’observer le premier groupe, le comédien de leur choix. Ils doivent tenter de deviner à qui cette personne écrit. Qui est le destinataire de la lettre et le sentiment qui habite l’auteur de la lettre.

L’exercice se fait, il est lent et concentré. Chacun a une consigne et doit s’y tenir.

Lorsque l’exercice se termine, j’interroge chacun du second groupe. Chacun s’est fait sa petite histoire sur celui ou celle qu’il a observé : l’un écrivait à une personne aimée, l’autre faisait un courrier officiel, l’autre encore était un enfant qui écrivait à ses parents…

Cet exercice ne peut être fait évidemment qu’une fois dans un cours. Mais il permet de s’apercevoir que chacun voit ce qu’il veut bien voir, que l’interprétation de ce qu’on a vu peut être déviée selon la consigne du départ. Que même face à un travail quasi mécanique, le public venu pour voir un spectacle y trouvera toujours la petite histoire.

Ah ! La petite histoire…

livre paysage

Le petit kif

parapluies délir Avant de démarrer le cours, je réunis toujours les comédiens en cercle. Je trouve important que le cours soit une parenthèse, une échappée belle.

Nous devons démarrer le travail avec un exercice de souvenir, de mémorisation. Je leur demande de se refaire le film de leur journée et d’y trouver un petit moment joli, un petit moment heureux, même minuscule.

Ce peut être un moment de détente, une rigolade avec des amis, un rayon de soleil, un bonbon dégusté, un coup de téléphone, une bonne nouvelle, la chaleur de l’eau sur le corps pendant une douche…

Étonnamment c’est toujours très difficile pour chacun de retrouver ce petit moment agréable. En général ça démarre toujours avec : « j’ai eu une journée pourrie :  aucun kif aujourd’hui ». Il est plus facile de trouver le négatif. J’attends… et ça arrive toujours.

Chacun finit toujours par trouver son petit kif de la journée ; la parole commence :  le rôle du conteur, les autres écoutent : le rôle du public, la voix se fait, la concentration aussi, le groupe se réunit et le cours démarre sur des notes positives.

Pour les ados, je leur interdit maintenant de me raconter systématiquement leur kif sadique (c’est eux qui ont trouvé ce terme) :  quand ils ont appris que leur prof était malade, ou qu’un des élèves qu’ils détestent a eu une mauvaise note, ou que untel s’est ridiculisé en tombant au milieu de la cour.  Parfois pourtant je leur accorde une tournée de « kifs sadiques », je sais que ça leur fait tellement plaisir !