Réflexions sur le théâtre actuel

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Ces derniers temps à la sortie des spectacles de théâtre que je vais voir, je suis toujours… comment dire… un peu creuse… pas rassasiée. Sur ma faim. Comme après un MacDo.

C’était goûteux, joli, agréable à avaler, mais oublié sitôt avalé.

Vous allez dire que je suis dure, ou bien que je suis difficile, ou peut-être ingrate. Sans doute.

Je ne nommerai pas les derniers spectacles que j’ai vus, surtout que chacun avait beaucoup de qualités. Surtout visuelles. J’y ai assisté en me disant comme pendant un feu d’artifice : « Oh la belle bleue ! » , « Oh la belle rouge ! ». La technicité, l’inventivité des scénographies, des mises en scène me fascinent, me font dire « Oh !  » et « Ah ». Seulement il manque de la chaire. Du corps, du sentiment, de l’émotion, de celle qui nous remue tout profond, qui nous fait couper le souffle, monter les larmes aux yeux, ou nous rendre très heureux. Il me manque la sueur de l’acteur. Il ne reste plus grand chose de « vivant » dans le spectacle vivant.

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Les éclairages, les décors, les vidéos, sont léchés au plus haut point. Les comédiens parlent bien fort, suivent une chorégraphie parfaite, trouvent la lumière, se mettent nus parfois aussi. Ils me semblent de parfaits pantins dans les mains des metteurs en scène.

Seulement moi ce que j’aime sur scène c’est être cueillie par une interprétation, par la fragilité d’un homme ou d’une femme, par sa force, par sa séduction. On ne parle plus de grands comédiens, on parle de metteurs en scène. On parle de décors incroyables, de recherche inspirées.

Ça a sans doute rapport avec notre époque, basée sur la performance, sur la perfection. Alors que l’imperfection fait l’artiste, ses erreurs, ses envolées, ses cassures. Les comédiens actuellement sont tellement minutés dans leurs déplacements, dans leurs articulations, dans leurs gestuelles que leur profondeur, leur différence, leur folie sont étouffés.

Moi je veux de l’imperfection, des ratés, mais des décharges, des fulgurances… j’en ai trouvé quand même ça et là. Des moments inoubliables comme les pièces d’Olivier Letellier : « O boy » et « La scaphandrière », ou bien la pièce de David Lescot : « Les jeunes », ou bien encore : »Richard III » de Ostermeier.

A propos de cette pièce, toutes les conditions étaient là pour que je déteste : je l’ai vu à la télévision, en allemand sous titré en français, la pièce dure 3 heures. c’était du Shakespeare (j’aime bien Shakespeare à lire, mais à la télé j’avais des doutes). Mais… comment vous expliquer…. ma mâchoire est restée ouverte dès les premières minutes, mon champ de vision s’est rétréci à mon téléviseur, mon cœur était près d’exploser. Un acteur époustouflant, ahurissant, impudique et violent, qui jouait comme il aurait ri à la face du monde !

Une mise en scène mettant en relief l’interprétation des acteurs, leur donnant la place tout en les enrobant de beauté. Vous pouvez le voir encore je pense sur le site de Arte. Représentation à Avignon cet été. En voici un extrait. Regardez cet acteur surnaturel !!!

J’aime le théâtre qui gueule, qui murmure, qui pleure et qui te prend le cœur à pleines mains ! Oh que j’aime ça ! Et ça ne peut venir que de l’humain. Les machines font de belles choses, très esthétiques, mais l’homme, la femme,  bon sang ! L’homme et la femme sur scène, au théâtre, sont l’essentiel. Arrêtez messieurs les metteurs en scène de vous en servir comme des marionnettes interchangeables. Juste pour me faire plaisir, me faire ouvrir la bouche et arrêter le temps !

 

 

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