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Et chaque année ça recommence

Dans les ateliers théâtre comme dans la vie,  chaque année est magique parce qu’elle se recommence ! Comme la nature qui m’étonne toujours autant. Un petit exemple : j’ai dû couper (et ça m’a déchiré le cœur), un arbre dangereux devant ma maison. Mon cœur s’est fendu, je m’en suis tellement voulu. Il a été coupé. Et bien, sans mentir, deux mois après, sur le tronc étêté repousse, encore plus dense, deux arbres nouveaux pleins de sève et d’allant.

Chaque année dans mes ateliers théâtre, je me dis que ça ne pourra jamais être mieux, qu’on s’est aimés tellement pour monter notre spectacle, qu’une telle connivence ne peut plus avoir lieu.

Vraiment, je le pense… vraiment. Il me faut toujours un temps, un petit temps de deuil, où je me dis : « Bon, ben, là, Nath, tu as mangé ton pain blanc (comme on disait avant), maintenant tu vas devoir faire régime ».

Chaque année, au moment des inscriptions, je me dis : c’est la dernière année, personne ne reviendra, et s’ils reviennent, ils seront déçus que ce ne soit pas comme l’année d’avant.

Et cette année encore, la vie me prouve qu’elle est trésor : des élèves nouveaux, et ceux d’avant aussi, disent oui pour qu’on recommence une expérience ensemble.

Cette année encore je les découvre, souriants et timides, partager avec moi, encore une fois, un début, une première fois…

Bizavous

Nath

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La fraicheur des ados

C’est dingue comme dans les cours de théâtre, j’apprends sans doute plus des ados qu’ils n’apprennent de moi.

Moi je leur apprend à monter un spectacle, à le mettre en scène, à jouer ensemble : eux ils m’apprennent les fondements de l’humanité.

Lors d’un stage que j’ai organisé il y a quelques jours pour travailler de façon approfondie sur notre spectacle à venir, j’ai pris le temps de le leur dire.

On ne dit pas assez aux gens qu’on les aime. On oublie ou on remet ça à plus tard…

Je leur ai dit qu’ils avaient une force incroyable, celle de l’enthousiasme. La non remise en question systématique de tout. Je leur ai dit que leur fraîcheur, leur adhésion systématique à tout ce que je leur propose, leur non remise en question quand je leur dis : « Euh… bon, ben, tout ce qu’on a vu la semaine dernière, on va le mettre de côté et on recommence autrement, pour voir  » était d’une incroyable générosité.

Quand je leur dis : « On change tout ! », ils remontent la lèvre inférieure, plissent les yeux de plaisir et hochent la tête et hop là ! Ils sont prêts.

C’est dingue. c’est magique. Toujours partants pour essayer. Je leur ai dit que quand on grandit (vieillit), souvent on a plus peur de changer, souvent on pense trop à l’avenir et on se freine en imaginant les conséquences de chacun de nos actes, on a un peu peur du changement, on préfère parfois ne pas bouger plutôt que de risquer de trébucher. On s’installe dans le confortable.

Je leur ai dit que leur façon de profiter de l’instant présent était un bain de jouvence. Que nous autres, adultes, avons beaucoup de leçons à tirer de ça. Que les politiques devraient avoir des conseillers adolescents parfois pour gouverner, que ça remettrait les choses en place. Que ça ouvrirait des possibles, des impossibles faisables.

Je les remercie de me laisser repartir de mes cours avec moins de poids sur les épaules. Quand j’y vais, je suis légère, je me surprend à sourire dans le vide, mon cœur est tout libre dans ma poitrine.

Ils sont dingues les ados. Ils ne sont pas évidemment que des anges, mais je ne pourrais pas expliquer pourquoi, rien n’est grave quand on fait ensemble du théâtre. Tout est enthousiasmant. Ils sont fragiles et forts à la fois. Ils me font confiance et je leur fais confiance.

Bon… Tout ça pour vous dire qu’on est dans la dernière ligne droite pour le spectacle qui démarre le 1er juin : Une soirée de plus sur terre

Le thème de la pièce que j’ai choisie est : »savoir dire non ». A travers l’histoire d’un jeune garçon qui dit oui à tout pour se faire accepter par un groupe, j’ai voulu qu’ils traitent de l’importance de refuser. Dire non permet justement de relever la tête, d’être respecté un peu plus.  Être trop gentil n’est pas forcément la solution, les méchants ne sont pas que méchants et les gentils peuvent aussi être de petits cons…

Alors vous allez me dire que c’est en contradiction avec ce que je mentionnais au début de cet article : c’est à dire la richesse que les ados ont de dire toujours oui. La pièce parle des oui nocifs, des oui obligés, des oui pour plaire aux autres. De ces oui qui devraient être des non si on osait parler un peu plus fort… Alors oui bien sûr, mais pas à tout !

C’est dingue ce que j’apprends avec les ados…

Bizavous

Nath

 

Peindre le portrait d’un 1er cours pour ados

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 Pour faire le portrait d’un premier cours pour ados :

 

  • Prendre d’abord une salle et une douzaine d’ados
  • Laisser du temps pour qu’ils se regardent tous, en douce
  • Puis prendre la parole quand l’attention est bonne
  • Leur expliquer que le théâtre a démarré, dès l’instant où ils entrent

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La musique est un cri qui vient de l’intérieur

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Je ne conçois pas un spectacle théâtral sans y associer une ou deux musiques. Les deux vont toujours de paires.

J’aime à les tester avant, les faire entendre à mes élèves quand ils connaissent bien la pièce, j’accompagne certaines de leurs scènes avec l’une ou l’autre sur laquelle j’hésite.

Souvent, quand je suis devant mon ordinateur et que je travaille au découpage de la pièce, à la mise en scène, je l’associe, je l’imbibe, je la mouille d’accords de musique.

Une scène violente pourra être associée à un morceau de hard rock style AC/DC ou alors tout le contraire, une scène de colère pourrait tout à fait être jouée sur un morceau très doux (Passengers, ou Sting), j’ai même parfois décalée des scènes en y mettant un morceau très commercial comme « Tu m’oublieras » de Larusso. Ça donne une dimension nouvelle, comme un nouveau personnage qui s’invite.

J’ai travaillé une année un très beau moment avec les adolescents. Je voulais leur faire découvrir, aimer et ressentir le « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. Nous l’avons écouté (ils le connaissaient tous) plusieurs fois, puis nous avons tenté de trouver des improvisations associant des extraits du texte ( séparation d’un couple, une mère à son enfant, un enfant à un parent, deux amis….) Puis je leur ai dit :  « vous êtes sur le quai d’une gare, l’amour de votre vie est dans le train, le train démarre, vous devez lui dire comme vous l’aimez en même temps que vous avancez avec le train, qui va de plus en plus vite et s’éloigne quand vous êtes au bout du quai, puis disparait. »

Ils devaient choisir un passage court de la chanson, commencer doucement, monter en intensité et en rapidité, courir, s’arrêter puis se retrouver seul et repartir en continuant le texte. L’émotion était très belle. Très scénarisée.

Nous avons essayé de le découper en chorale. Que chacun en dise une partie. Puis après avoir tourné beaucoup, j’ai choisi que nous laisserions la place à Jacques Brel. Que les mots lui revenaient, qu’il nous laissait l’émotion. Alors nous avons travaillé ainsi : les six ados (j’en avais 6 sur ce projet), étaient assis très serrés côte à côte sur un banc. Habillés de la même façon (pantalon noir et chemise en jean). Et juste ils nous faisaient face, le regard fixe. Puis dans une chorégraphie très lente, le deuxième à l’extrême gauche du banc posait sa joue sur l’épaule de son voisin, qui posait ensuite très lentement la sienne sur le voisin suivant, jusqu’au dernier qui se trouvait, comme le premier toujours assis face public, le regard fixe. Ils tournaient la tête (ceux de chaque extrémité qui étaient une fille et un garçon) et se regardaient longuement, portés par les paroles de la chanson, éloignés par les quatre du centre qui formaient un groupe très solidaire et très doux.

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Répétition de « Ne me quitte pas » avec les Teens en 2012 ©

Les deux se souriaient sans bouger, longtemps (toujours assis). Puis doucement les quatre du centre se redressaient (séparant le regard des deux autres), ils se retrouvaient donc ainsi tous les six à nous fixer. Le visage de celui qui était à l’extrème droite, le regard fixé sur le public, se transformait, indiquait une tristesse infinie, des larmes apparaissaient. La fin de la chanson se faisait sur le regard fixe des six ados, alors que les deux du centre (un garçon et une fille), imperceptiblement se prenaient la main et le noir se faisait sur eux, sans qu’ils aient dit un mot sur cette chanson extraordinaire.

ils m’ont émue aux larmes plus d’une fois. Le public aussi. Un silence incroyable se faisait dans la salle lorsque « Ne me quitte pas » se jouait. Un souvenir d’une grande douceur.

La musique est un support essentiel, incontournable au théâtre et dans les cours. Elle permet d’amener le calme, de donner de l’énergie, de la drôlerie parfois (faites jouer une scène de rupture sur de la musique de pub, ou sur une fanfare et tout change). Ah ! La musique est magicienne.

ET VOUS ? QUELLE EST LA MUSIQUE QUE VOUS AIMERIEZ ASSOCIER A VOTRE VIE ?

Pour le plaisir de réécouter Monsieur Brel :

https://www.youtube.com/watch?v=i2wmKcBm4Ik

 

 

 

Prenez vos désirs pour des réalités

 

fleurs paquerettesJ’avais laissé le spectacle démarrer dans mon dernier article, il me faut bien redescendre le rideau maintenant. C’est donc la deuxième partie que j’ouvre dans cet article.

Nous étions tous prêts, mes ados et moi-même pour présenter notre spectacle. Le public était là, dans une salle remplie, le noir s’était fait, la musique s’était lancée.

Je vais essayer de vous décrire la position dans laquelle je me tiens quand je suis en régie pendant le déroulement du spectacle. Pas des plus confortables… Lire la suite

Le bonheur c’est maintenant

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Au théâtre, il y a les cours et il y a les représentations : grands moments si rapides, et si longs, si denses et si émouvants, épuisants aussi…

Je viens de passer un week-end de fou où, dès le samedi 14h nous avons investi la salle de spectacle avec ma petite troupe d’ados et n’en sommes sortis que dimanche soir vers 20h. Et nous avons laissé le lieu dans le même état qu’on l’avait trouvé. Sauf peut-être quelques bribes d’émotions, de textes, de rires, de musiques glissés entre les fauteuils des gradins qu’on n’a pas pu tout à fait nettoyer…

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La dernière semaine de répét – première partie

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Quand on joue un spectacle, dans un atelier il y a toujours « la dernière semaine de répét ».

Je suis en train de la vivre en ce moment, et je trouve que c’est un moment assez unique pour vouloir la partager ici.

Déjà il y a les dernières fois : dernière fois qu’on se voit dans la salle où on répète avant d’affronter la grande salle de spectacle. Dernière fois qu’on se retrouve en cercle à shaker les dernières choses importantes : extraits : Lire la suite

C’est pas mal d’être vivant !

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Ces derniers temps il se passe des choses fort intéressantes dans notre beau pays. Il se passe des rencontres, des rassemblements, des envies de partage, de discussion, de plans sur la comète…

Je pense que les gens en ont assez de cette surconsommation, de cette infantilisation à outrance, de ce gavage qui nous rend spectateur de la vie sans plus en avoir les clés pour agir. Les médias et les politiques nous tiennent la tête à deux mains pour nous montrer où regarder. Lire la suite

Le public de demain

nmkp0512J’ai l’occasion, à mon grand malheur, de devoir assister souvent à des réunions.

Je ne parle pas des réunions de créatifs, de créateurs, de personnes qui ont une pensée sur l’avenir, de projeteurs… Non… J’adorerais, mais en ce moment je suis plutôt dans la spirale de réunions  pour expliquer pourquoi j’existe, pourquoi j’ai besoin de salles, pourquoi je pleure quand on me baisse ma subvention, comment je dépense les trois francs six sous que la municipalité m’ocroit, pourquoi pour répéter un spectacle j’ai besoin de salles, et tout plein de choses passionnantes et chronophages. Lire la suite

On est tous le souvenir de quelqu’un

Dans les cours que je donne, surviennent parfois des moments que j’aimerais arrêter, en prendre un instantané, suspendre le temps.

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Vous savez, ces moments qui deviennent un souvenir marqué à jamais. Épinglé dans un coin de notre cerveau.

J’aime beaucoup prendre le temps de m’apercevoir de ces moments précieux. Et le théâtre m’autorise parfois à arrêter le temps, voire à le remonter.

A mon dernier cours d’adultes, pour un travail autour du conteur, j’ai demandé à chacun de raconter au groupe un souvenir du lycée. Le premier qui leur venait à l’esprit. Certains de mon groupe d’adultes sont très jeunes, d’autres moins, donc les souvenirs étaient plus ou moins récents, mais très précis chaque fois. Lire la suite