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Et chaque année ça recommence

Dans les ateliers théâtre comme dans la vie,  chaque année est magique parce qu’elle se recommence ! Comme la nature qui m’étonne toujours autant. Un petit exemple : j’ai dû couper (et ça m’a déchiré le cœur), un arbre dangereux devant ma maison. Mon cœur s’est fendu, je m’en suis tellement voulu. Il a été coupé. Et bien, sans mentir, deux mois après, sur le tronc étêté repousse, encore plus dense, deux arbres nouveaux pleins de sève et d’allant.

Chaque année dans mes ateliers théâtre, je me dis que ça ne pourra jamais être mieux, qu’on s’est aimés tellement pour monter notre spectacle, qu’une telle connivence ne peut plus avoir lieu.

Vraiment, je le pense… vraiment. Il me faut toujours un temps, un petit temps de deuil, où je me dis : « Bon, ben, là, Nath, tu as mangé ton pain blanc (comme on disait avant), maintenant tu vas devoir faire régime ».

Chaque année, au moment des inscriptions, je me dis : c’est la dernière année, personne ne reviendra, et s’ils reviennent, ils seront déçus que ce ne soit pas comme l’année d’avant.

Et cette année encore, la vie me prouve qu’elle est trésor : des élèves nouveaux, et ceux d’avant aussi, disent oui pour qu’on recommence une expérience ensemble.

Cette année encore je les découvre, souriants et timides, partager avec moi, encore une fois, un début, une première fois…

Bizavous

Nath

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Dans le cours des grands

herisson

On peut aussi faire du théâtre quand on est adulte. Et les groupes sont intéressants parce que la décision de monter sur les planches n’est pas si simple quand on est grand et conditionné par le soi disant sérieux que demande la vie d’adulte.

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Dansons le Tango

couleursJe donne une grande importance à la musique dans mes cours. Jouer et danser à deux restent un travail de rythme. Trouver le rythme à deux.

Quand on joue ensemble, les regards, les respirations, les corps doivent être à l’unisson. La sensualité est le maitre mot du jeu du comédien. Sensualité pour ne pas rester que dans l’interprétation intellectuelle et distanciée, sensualité pour toucher, ressentir, danser, jouer. Se défaire d’un jeu qui ne vient souvent que de la tête, y accorder le corps aussi…

Pour approcher cette sensualité, je pratique un exercice, aidée par la musique.

Je démarre avec un exercice très basique de beaucoup de cours de théâtre.

Deux élèves face à face.

  • L’un guide l’autre en tendant la main en avant, paume vers le visage de l’autre. Le guidé doit fixer son regard sur la main de son partenaire. L’espace entre la main et le visage doit toujours être le même. Pas de contact physique. Les mouvements doivent démarrer très lentement, le visage du guidé suivant les mouvements de la main du guide,  afin que le duo puisse être en harmonie. Puis, quand la complicité s’est installée, le guide peut tenter des mouvements plus rapides (diriger sa main vers la droite, puis la monter). Il ne doit pas avoir la volonté de piéger l’autre, au contraire. L’ensemble doit être harmonieux à regarder, très fluide. Puis les rôles changent, le guidé devient le guide.
  • Ensuite, les regards sont fixés sur les pieds de l’autre. Le guide commence à bouger, à danser très lentement. Le guidé doit reproduire les pas en miroir (l’un avance le pied droit, l’autre recule le pied gauche…). Le mouvement au début doit être très simple, puis, lorsque la connexion s’est bien établie, les pas peuvent devenir plus complexes. Les regards sont toujours sur les pieds. Puis les rôles changent, le guidé devient le guide.
  • Puis les partenaires doivent se regarder yeux dans les yeux. Garder ce lien, sans rire, trouver une même respiration, rester un moment pour apprendre à apprivoiser ce lien pas facile. Puis le guide commence à bouger très lentement sans que les yeux ne se quittent. Le duo doit arriver juste par la concentration, le lien du regard et du souffle à se déplacer, à bouger chaque partie du corps ensemble. Les rôle s’échangent ensuite.

Puis j’ajoute la musique. Une musique rythmée mais lente. J’aime celles-ci :

« Flow » : de Sade ou bien « Peace » : de Asa ou encore « Polishing peanuts » : de Deluxe

Mais tout morceau ayant ce même genre de rythme est bon. Un tempo doux, sensuel. Lorsque la concentration est là, le rendu visuel de ces couples qui dansent, le regard en béquille et le corps mouvant est très beau.

Cet exercice ne peut évidemment pas se faire le premier jour. Avec les ados il est compliqué, mais il peut se faire avec

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une préparation, une explication de la tenue de la concentration. Évidemment il faudra être patient, mais passé les rafales de fous rires, un peu d’autorité. L’exercice fonctionne si il y a un défi :  le duo qui gagne est celui qui ne fait aucun son. Avec les adultes cet exercice marche mieux. Il créé une belle complicité. Il est important d’expliquer que sur scène le jeu se fait comme dans la danse, avec une connivence, une écoute de l’autre, une harmonie sensuelle, des regards francs et un rythme commun. Il faut apprendre à apprivoiser l’autre, savoir s’appuyer sur l’autre sans peser, savoir accompagner sans diriger. Trouver le rythme…

Prenons l’ascenseur

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L’exercice de l’ascenseur est un exercice qui sert à rapprocher les corps tout en travaillant une concentration très solitaire.

 

Au préalable, je délimite un très petit espace dans la salle (avec des vêtements, ou des carreaux de carrelage ou des lattes de parquet si le sol le permet). L’espace doit être ridiculement petit.

Je donne comme consigne aux élèves d’entrer dans cet espace ensemble et tous me faire face . Ils vont prendre l’ascenseur, personne ne se connait. Chacun doit savoir où il se rend, à quel étage il descend, dans quel lieu il se trouve (immeuble d’affaires, immeuble d’habitation, parking à étages…) et surtout le degré d’importance d’arriver à l’étage.

Je leur demande de ne rien me prouver, de ne rien simuler, de ne rien me démontrer (je suis intelligente, je n’ai pas besoin qu’on regarde sa montre pour que je comprenne qu’on est en retard). Je veux qu’ils aient les réactions qu’ils auraient réellement dans cette situation. Cet exercice ne doit donc pas être bavard.

Ils montent tous dans l’ascenseur, très serrés. Je donne les informations au fur et à mesure. Leur concentration doit rester toujours la même.

1- Les portes se ferment et l’ascenseur monte (laisser un temps assez long pour que chacun s’installe)

2-Une personne (désignée) tousse, d’abord un peu, puis de plus en plus (voir réactions)

3- la personne ne tousse plus. Par contre une odeur insupportable se fait sentir (voir réactions)

4- L’ascenseur s’arrête entre deux étages. En panne. (prendre le temps de voir les réactions)

5- L’ascenseur redémarre

6- L’ascenseur ouvre ses portes.

C’est un exercice qui a toujours marché, avec les ados comme avec les adultes. Ils font tous preuve d’une grande concentration. C’est étonnant comme l’imagination permet très vite de se sentir enfermé dans un lieu, d’imaginer la promiscuité, voire d’envisager les murs autour de soi. J’ajoute quelques fois des nuances comme de désigner la personne qui sent mauvais, mais souvent je m’aperçois que le regard des autres sur l’élève désigné, le mal à l’aise que ressent l’élève d’être regardé et jugé est troublante. Avec les ados qui peuvent traverser parfois des périodes de mises à l’écart pour certains, je ne favorise pas cette consigne. Ils peuvent avoir du mal à différencier le vrai du jeu. Avec les adultes, il y a plus de recul, plus de jubilation même.

Autres consignes possibles : une personne désignée est une star ou un dangereux criminel, ou bien l’un devient claustrophobe… Les situations peuvent se décliner.

L’ouverture des portes ensuite permet les rires, les soulagements, les discussions, la détente des corps, une connivence, comme s’ils avaient vécu une aventure commune, un souvenir commun. C’est ainsi que la cohésion d’un groupe se fait petit à petit…

Chuchotements

volutes fuméeC’est un très bel exercice, que j’aime particulièrement. Je l’ai testé moi-même et je le fais faire à mes élèves qui se régalent à chaque fois. 

Avec les ados c’est plus difficile, vous allez comprendre pourquoi :

Au préalable : Choisir dans un texte (quel qu’il soit, ce peut être un roman, une pièce de théâtre, des répliques de films…) des extraits, d’une phrase ou deux, qui semblent assez significatifs. Les découper en petits papiers.

L’exercice consiste à faire un cercle où les élèves sont assis sur des chaises. Un élève sur deux se lève. Ceux qui restent assis doivent fermer les yeux. On distribue les petits papiers à ceux qui sont debout. Ils doivent ensuite chuchoter à l’oreille de chacun des élèves assis, la phrase qu’ils ont sur leur papier. Chaque personne assise doit entendre tous les textes chuchotés. Les déplacements doivent être le plus silencieux possibles.

Lorsque les phrases ont été dites à tous,  tout le monde se rassoit et je demande au groupe une synthèse de ce qu’ils ont entendu et l’histoire qui pourrait se tisser autour des phrases chuchotées.

Évidemment, avec d’autres phrases, une autre histoire, les rôles s’inversent ensuite.

Je choisis en général des extraits de textes peu connus pour que l’imagination puisse s’envoler. Et elle s’envole à chaque fois.

L’effet ressenti par ceux qui sont assis est très agréable. Un peu comme dans un rêve où l’imagination s’envole au grès des images que les phrases révèlent. Un peu comme quand on était gosses et que nos parents nous racontaient des histoires avant de nous endormir. Qu’on s’endormait en accrochant des images pour nos rêves…

Je parlais des ados pour cet exercice… chuchoter à l’oreille des ados, surtout quand c’est un autre ado… ça fait rigoler tout le monde.

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Se déplacer sans faire de bruit, ça fait rigoler encore plus… Ceux qui veulent profiter de l’exercice se fâchent contre ceux qui rigolent, et ça fait rigoler encore plus les autres, et… c’est drôle !  mais je réserve cet exercice surtout aux adultes.

 

A vous de voir ce que vous en ferez !

Merci à Bernard Grosjean de m’avoir fait découvrir ce très bel exercice.