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Prenons l’ascenseur

pinces a linge

L’exercice de l’ascenseur est un exercice qui sert à rapprocher les corps tout en travaillant une concentration très solitaire.

 

Au préalable, je délimite un très petit espace dans la salle (avec des vêtements, ou des carreaux de carrelage ou des lattes de parquet si le sol le permet). L’espace doit être ridiculement petit.

Je donne comme consigne aux élèves d’entrer dans cet espace ensemble et tous me faire face . Ils vont prendre l’ascenseur, personne ne se connait. Chacun doit savoir où il se rend, à quel étage il descend, dans quel lieu il se trouve (immeuble d’affaires, immeuble d’habitation, parking à étages…) et surtout le degré d’importance d’arriver à l’étage.

Je leur demande de ne rien me prouver, de ne rien simuler, de ne rien me démontrer (je suis intelligente, je n’ai pas besoin qu’on regarde sa montre pour que je comprenne qu’on est en retard). Je veux qu’ils aient les réactions qu’ils auraient réellement dans cette situation. Cet exercice ne doit donc pas être bavard.

Ils montent tous dans l’ascenseur, très serrés. Je donne les informations au fur et à mesure. Leur concentration doit rester toujours la même.

1- Les portes se ferment et l’ascenseur monte (laisser un temps assez long pour que chacun s’installe)

2-Une personne (désignée) tousse, d’abord un peu, puis de plus en plus (voir réactions)

3- la personne ne tousse plus. Par contre une odeur insupportable se fait sentir (voir réactions)

4- L’ascenseur s’arrête entre deux étages. En panne. (prendre le temps de voir les réactions)

5- L’ascenseur redémarre

6- L’ascenseur ouvre ses portes.

C’est un exercice qui a toujours marché, avec les ados comme avec les adultes. Ils font tous preuve d’une grande concentration. C’est étonnant comme l’imagination permet très vite de se sentir enfermé dans un lieu, d’imaginer la promiscuité, voire d’envisager les murs autour de soi. J’ajoute quelques fois des nuances comme de désigner la personne qui sent mauvais, mais souvent je m’aperçois que le regard des autres sur l’élève désigné, le mal à l’aise que ressent l’élève d’être regardé et jugé est troublante. Avec les ados qui peuvent traverser parfois des périodes de mises à l’écart pour certains, je ne favorise pas cette consigne. Ils peuvent avoir du mal à différencier le vrai du jeu. Avec les adultes, il y a plus de recul, plus de jubilation même.

Autres consignes possibles : une personne désignée est une star ou un dangereux criminel, ou bien l’un devient claustrophobe… Les situations peuvent se décliner.

L’ouverture des portes ensuite permet les rires, les soulagements, les discussions, la détente des corps, une connivence, comme s’ils avaient vécu une aventure commune, un souvenir commun. C’est ainsi que la cohésion d’un groupe se fait petit à petit…

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Écrire une lettre

 

crayon taille

L’exercice de la lettre mérite un détour : c’est  un très bel exercice, qui permet de jauger encore l’imagination et la concentration.

Je sépare le groupe en deux. Je donne à chacun des groupes une indication que n’entendra pas l’autre.

Au premier groupe, je demande à chacun de s’installer où il le souhaite sur la scène et d’écrire une lettre. De se concentrer sur les mouvements très précis qu’il doit faire pour mimer l’écriture d’une lettre : la façon de prendre une feuille, de tenir un crayon, de faire les lettres, de lever le poignet entre les mots, de tenir la feuille avec l’autre main, de placer son regard…. Je leur demande de se concentrer sur le geste, sur la rédaction de la lettre, puis sur la façon de la terminer, de replier la feuille, de la mettre dans une enveloppe, de se lever et de partir avec. La consigne étant donc d’être dans un travail de recherche très précise du geste.

Au deuxième groupe, je demande d’observer le premier groupe, le comédien de leur choix. Ils doivent tenter de deviner à qui cette personne écrit. Qui est le destinataire de la lettre et le sentiment qui habite l’auteur de la lettre.

L’exercice se fait, il est lent et concentré. Chacun a une consigne et doit s’y tenir.

Lorsque l’exercice se termine, j’interroge chacun du second groupe. Chacun s’est fait sa petite histoire sur celui ou celle qu’il a observé : l’un écrivait à une personne aimée, l’autre faisait un courrier officiel, l’autre encore était un enfant qui écrivait à ses parents…

Cet exercice ne peut être fait évidemment qu’une fois dans un cours. Mais il permet de s’apercevoir que chacun voit ce qu’il veut bien voir, que l’interprétation de ce qu’on a vu peut être déviée selon la consigne du départ. Que même face à un travail quasi mécanique, le public venu pour voir un spectacle y trouvera toujours la petite histoire.

Ah ! La petite histoire…

livre paysage