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La musique est un cri qui vient de l’intérieur

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Je ne conçois pas un spectacle théâtral sans y associer une ou deux musiques. Les deux vont toujours de paires.

J’aime à les tester avant, les faire entendre à mes élèves quand ils connaissent bien la pièce, j’accompagne certaines de leurs scènes avec l’une ou l’autre sur laquelle j’hésite.

Souvent, quand je suis devant mon ordinateur et que je travaille au découpage de la pièce, à la mise en scène, je l’associe, je l’imbibe, je la mouille d’accords de musique.

Une scène violente pourra être associée à un morceau de hard rock style AC/DC ou alors tout le contraire, une scène de colère pourrait tout à fait être jouée sur un morceau très doux (Passengers, ou Sting), j’ai même parfois décalée des scènes en y mettant un morceau très commercial comme « Tu m’oublieras » de Larusso. Ça donne une dimension nouvelle, comme un nouveau personnage qui s’invite.

J’ai travaillé une année un très beau moment avec les adolescents. Je voulais leur faire découvrir, aimer et ressentir le « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. Nous l’avons écouté (ils le connaissaient tous) plusieurs fois, puis nous avons tenté de trouver des improvisations associant des extraits du texte ( séparation d’un couple, une mère à son enfant, un enfant à un parent, deux amis….) Puis je leur ai dit :  « vous êtes sur le quai d’une gare, l’amour de votre vie est dans le train, le train démarre, vous devez lui dire comme vous l’aimez en même temps que vous avancez avec le train, qui va de plus en plus vite et s’éloigne quand vous êtes au bout du quai, puis disparait. »

Ils devaient choisir un passage court de la chanson, commencer doucement, monter en intensité et en rapidité, courir, s’arrêter puis se retrouver seul et repartir en continuant le texte. L’émotion était très belle. Très scénarisée.

Nous avons essayé de le découper en chorale. Que chacun en dise une partie. Puis après avoir tourné beaucoup, j’ai choisi que nous laisserions la place à Jacques Brel. Que les mots lui revenaient, qu’il nous laissait l’émotion. Alors nous avons travaillé ainsi : les six ados (j’en avais 6 sur ce projet), étaient assis très serrés côte à côte sur un banc. Habillés de la même façon (pantalon noir et chemise en jean). Et juste ils nous faisaient face, le regard fixe. Puis dans une chorégraphie très lente, le deuxième à l’extrême gauche du banc posait sa joue sur l’épaule de son voisin, qui posait ensuite très lentement la sienne sur le voisin suivant, jusqu’au dernier qui se trouvait, comme le premier toujours assis face public, le regard fixe. Ils tournaient la tête (ceux de chaque extrémité qui étaient une fille et un garçon) et se regardaient longuement, portés par les paroles de la chanson, éloignés par les quatre du centre qui formaient un groupe très solidaire et très doux.

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Répétition de « Ne me quitte pas » avec les Teens en 2012 ©

Les deux se souriaient sans bouger, longtemps (toujours assis). Puis doucement les quatre du centre se redressaient (séparant le regard des deux autres), ils se retrouvaient donc ainsi tous les six à nous fixer. Le visage de celui qui était à l’extrème droite, le regard fixé sur le public, se transformait, indiquait une tristesse infinie, des larmes apparaissaient. La fin de la chanson se faisait sur le regard fixe des six ados, alors que les deux du centre (un garçon et une fille), imperceptiblement se prenaient la main et le noir se faisait sur eux, sans qu’ils aient dit un mot sur cette chanson extraordinaire.

ils m’ont émue aux larmes plus d’une fois. Le public aussi. Un silence incroyable se faisait dans la salle lorsque « Ne me quitte pas » se jouait. Un souvenir d’une grande douceur.

La musique est un support essentiel, incontournable au théâtre et dans les cours. Elle permet d’amener le calme, de donner de l’énergie, de la drôlerie parfois (faites jouer une scène de rupture sur de la musique de pub, ou sur une fanfare et tout change). Ah ! La musique est magicienne.

ET VOUS ? QUELLE EST LA MUSIQUE QUE VOUS AIMERIEZ ASSOCIER A VOTRE VIE ?

Pour le plaisir de réécouter Monsieur Brel :

https://www.youtube.com/watch?v=i2wmKcBm4Ik

 

 

 

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Dansons le Tango

couleursJe donne une grande importance à la musique dans mes cours. Jouer et danser à deux restent un travail de rythme. Trouver le rythme à deux.

Quand on joue ensemble, les regards, les respirations, les corps doivent être à l’unisson. La sensualité est le maitre mot du jeu du comédien. Sensualité pour ne pas rester que dans l’interprétation intellectuelle et distanciée, sensualité pour toucher, ressentir, danser, jouer. Se défaire d’un jeu qui ne vient souvent que de la tête, y accorder le corps aussi…

Pour approcher cette sensualité, je pratique un exercice, aidée par la musique.

Je démarre avec un exercice très basique de beaucoup de cours de théâtre.

Deux élèves face à face.

  • L’un guide l’autre en tendant la main en avant, paume vers le visage de l’autre. Le guidé doit fixer son regard sur la main de son partenaire. L’espace entre la main et le visage doit toujours être le même. Pas de contact physique. Les mouvements doivent démarrer très lentement, le visage du guidé suivant les mouvements de la main du guide,  afin que le duo puisse être en harmonie. Puis, quand la complicité s’est installée, le guide peut tenter des mouvements plus rapides (diriger sa main vers la droite, puis la monter). Il ne doit pas avoir la volonté de piéger l’autre, au contraire. L’ensemble doit être harmonieux à regarder, très fluide. Puis les rôles changent, le guidé devient le guide.
  • Ensuite, les regards sont fixés sur les pieds de l’autre. Le guide commence à bouger, à danser très lentement. Le guidé doit reproduire les pas en miroir (l’un avance le pied droit, l’autre recule le pied gauche…). Le mouvement au début doit être très simple, puis, lorsque la connexion s’est bien établie, les pas peuvent devenir plus complexes. Les regards sont toujours sur les pieds. Puis les rôles changent, le guidé devient le guide.
  • Puis les partenaires doivent se regarder yeux dans les yeux. Garder ce lien, sans rire, trouver une même respiration, rester un moment pour apprendre à apprivoiser ce lien pas facile. Puis le guide commence à bouger très lentement sans que les yeux ne se quittent. Le duo doit arriver juste par la concentration, le lien du regard et du souffle à se déplacer, à bouger chaque partie du corps ensemble. Les rôle s’échangent ensuite.

Puis j’ajoute la musique. Une musique rythmée mais lente. J’aime celles-ci :

« Flow » : de Sade ou bien « Peace » : de Asa ou encore « Polishing peanuts » : de Deluxe

Mais tout morceau ayant ce même genre de rythme est bon. Un tempo doux, sensuel. Lorsque la concentration est là, le rendu visuel de ces couples qui dansent, le regard en béquille et le corps mouvant est très beau.

Cet exercice ne peut évidemment pas se faire le premier jour. Avec les ados il est compliqué, mais il peut se faire avec

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une préparation, une explication de la tenue de la concentration. Évidemment il faudra être patient, mais passé les rafales de fous rires, un peu d’autorité. L’exercice fonctionne si il y a un défi :  le duo qui gagne est celui qui ne fait aucun son. Avec les adultes cet exercice marche mieux. Il créé une belle complicité. Il est important d’expliquer que sur scène le jeu se fait comme dans la danse, avec une connivence, une écoute de l’autre, une harmonie sensuelle, des regards francs et un rythme commun. Il faut apprendre à apprivoiser l’autre, savoir s’appuyer sur l’autre sans peser, savoir accompagner sans diriger. Trouver le rythme…